Rapport Racine : des mesures au bruit de pétard détrempé

Nicolas Gary - 18.02.2020

Edition - Société - mesures Franck Riester - rapport Racine auteurs - pétard mouillé auteurs


« Quel bruit cela fait, un pétard mouillé ? » La boutade proviendrait des couloirs de la rue de Valois qu’elle n’étonnerait personne. Alors que le rapport Racine portait tant d’espoir, c’est finalement un non-lieu politique qu’il aura obtenu. De l’ensemble des mesures présentées par le ministre de la Culture, Franck Riester, rien, ou si peu, n’est finalement amené à faire évoluer la situation des artistes auteurs.

Rapport Racine : les mesures
Franck Riester et Bruno Racine - ActuaLitté, CC BY SA 2.0
 

« C’est consternant », nous déclare Katerine Louineau, déléguée au comité des artistes auteurs plasticiens. « Comme si le ministère avait validé que tout ce qui dysfonctionne aujourd’hui méritait de continuer tranquillement. » Et il est juste de constater qu’à l’exception d’un directeur d’OGC particulièrement enthousiaste, les mesures du ministre ont fait l’effet d’un soufflé ayant trop attendu les invités. « Même l'IRCEC est conforté dans son rôle... »

« Peut-être les invités ont-ils trop attendu de la volonté politique », indique un proche du dossier. « Les artistes auteurs ont bénéficié d’un excellent rapport, complet et structuré, faisant état de l’ensemble des moyens à mettre en œuvre pour améliorer la situation. » Sauf qu’il y avait loin de la coupe aux lèvres.

Et l’amertume se lit un peu partout : 
 


Sollicité par ActuaLitté, même Bruno Racine, avec une infinie diplomatie, semble quelque peu désabusé. « À partir d’un constat qui est, je crois, incontesté, il y a un plan d’action assez global qui est mis en œuvre. » Sauf que de globalité, point, et difficile même de parler de saupoudrage : que le ministre suive personnellement la mise en œuvre des mesures ne sera qu’une moindre consolation.



 
« Retenons les choses simples : les festivals vont devoir payer encore plus — avec un soutien du Centre national du Livre qu’il faudra déterminer. Et les éditeurs, comme les organismes de gestion et collectes se retrouvent mis hors de cause », estime un organisateur de manifestations. 
 


« Suggérons quelques moyens de se faire entendre : boycott durant un mois de toutes les signatures en librairie et festivals de la part des auteurs. Et pourquoi ne pas l’étendre à toute interview presse, radio ou télé. Des auteurs en Gilets jaunes sur des ronds-points n’aurait pas de sens : qu’ils bloquent les entrées des médiathèques et des librairies… »

Rapport Racine : les mesures
Franck Riester - ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 
Cynisme, certes, mais bien parce que la déception est palpable : 
 


« Pour la première fois, la question sociale des filières artistiques est considérée à sa juste valeur. Au sujet de la retraite des auteurs et des autrices, la Scam se félicite de l’arbitrage du ministre visant à maintenir une prise en charge de la cotisation vieillesse à la charge des auteurs par les producteurs et confirmant la poursuite de l’activité de l’Ircec (caisse de retraite complémentaire) au-delà de 2025 », note l’OGC dans un communiqué.

« En revanche, compenser les dysfonctionnements passés de l’Agessa par la mise en place d’une “cellule d’accompagnement” semble totalement insuffisant au regard des inquiétudes légitimes de nombreux auteurs et autrices. » Et appelle à des négociations le plus rapidement possible, sur le partage de la valeur et la rémunération…

Côté Syndicat national de l'édition, le directeur général Pierre Dutilleul estime que les mesures reflètent bien les discussions menées jusqu’à lors. « J’ai juste une critique, en ce qui me concerne : le mot éditeur n’a pas été prononcé une seule fois. C’est dommage : nous ne sommes pas que des producteurs ou des diffuseurs. Nous participons de manière très active à la création », assure-t-il à ActuaLitté. Mais aucune déception, tant s'en faut.




Finalement, le résumé de ces mesures ne peut s'opérer qu'avec l'humour, cette politesse du désespoir : 
 


Et ainsi que le relève un lecteur dans nos colonnes : « Ne soyons pas cyniques. Je vois un point très positif à ce discours : la production de tant de vent devrait permettre une diminution significative de la part du nucléaire dans le mix énergétique de la France. »


Commentaires
Il est clair, pour reprendre un commentaire, que tant de vent soufflé à la face des syndicats d’artistes-auteurs était difficilement envisageable sinon par quelque sire passé maître dans l’enfumage politique. Il faut reconnaître cela à sa juste valeur, il y a, quelque part, un vrai talent de création dans cette manière de noyer le poisson. Donc, coup de chapeau aux équipes du Ministre de la culture qui ont tout de même fait un sacré boulot d’équilibriste pour parvenir à passer entre toutes les gouttes de la pluie du rapport Racine. Là, à l’exception de quelques festivals de BD qui vont prendre cher (mais c’était assez simple, les manifestations autour du livre n’ont aucun syndicat, sont dispersées et non fédérées parce que trop différentes, proies faciles, elles pouvaient aisément être les dindons de cette farce), tous les autres « pouvoirs » en place, IRCEC, OGC, éditeurs, producteurs, Agessa ne sont en aucune manière remis en cause ou, même, véritablement questionnés. Voir le commentaire détaillé entre les recommandations du rapport et les annonces du ministre, ici : https://www.actualitte.com/article/monde-edition/apres-le-rapport-racine-les-mesures-de-franck-riester-pour-les-auteurs/99305. Que le représentant du SNE ne se plaigne donc pas que le mot « éditeur » ne soit pas cité, au contraire, il vaudrait mieux continuer de faire profil bas et profiter de cette aubaine. Alors… quoi ? il est suggéré dans l’article un boycott d’un mois des signatures en librairie et festivals de la part des auteurs… ou bien de toute intervention dans les médias. Pourquoi pas… mais là, au regard du camouflet qui vient de leur être infligé, je crains vraiment que ce ne soit pas suffisant, et que tous s’en moquent, voire en rient sous cape dans le dîners germanopratins… Il n’y a qu’une seule arme qui ferait bouger les choses… la grève du manuscrit. Mais attention, pas de la part de n’importe qui. Si ce sont tous ces « pauvres » artistes-auteurs, tous ceux là avec leur smic et vivant sous le seuil de pauvreté qui s’y collent, cela n’aura aucun effet… non, il faudrait que ce soit les fameux 3500 signataires de la tribune publiée dans le Monde en défendant le rapport Racine. Tous genres confondus, toutes maisons d’édition confondues, des Pénélope Bagieu, des Sfar, des Marc Lévy, Bernard Werber ou Virginie Grimaldi, tous ceux qui rapportent de l’argent, qui sont « bankables » comme on dit. Si seulement ceux-là disent : « nous ne remettons pas notre ouvrage, bd, livre, etc., tant que les choses ne bougeront pas, ou même seulement dans six mois, huit mois… », alors ça commencera à s’agiter sévèrement. D’abord parce que ceux-là le peuvent (ils peuvent se permettre financièrement de vivre quelques mois sans sortir leur ouvrage) ; ensuite, parce que ceux-là ont un impact énorme sur les business plan des grandes maisons, et qu’une ou deux parutions manquées ou retardées chez tel ou tel grand éditeur a une retombée financière lourde ; enfin, parce que ceux-là sont tous connus d’une foule de lecteurs/trices, de libraires, de diffuseurs, etc. et que la caisse de résonance d’un tel geste sera bien plus importante. Mais entre signer une tribune et agir de la sorte, il y a un pas qui ne sera pas évident à franchir. Si ceux qui agissent ne sont, pour reprendre les termes dans l’article, que les « gilets jaunes » des artistes-auteurs, le résultat… sera celui attendu, un nouvel enfumage en beauté…

En attendant, saluons comme il se doit les résolutions du Ministre (et là, la couleur politique importe peu, le résultat aurait sans doute été identique sous Hollande ou sous Sarkozy)… des arbitrages qu’il suivra bien sûr « personnellement », du moins… tant qu’il sera ministre…
Absolument, dans une telle disproportion du rapport de force auteurs-éditeurs, seul taper directement au portefeuille les fera plier wink
Une action n'est viable que si elle est commune et totale, pas limitée aux gros auteurs. Les seuls modèles viables sont le mouvement des intermittents et celui des scénaristes aux US. Dans le premier cas le mouvement était très visible du public, dans le second très encadré par la WGA, donc pas facile à répliquer. Mais pas impossible.
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