Ray Bradbury sur les dangers de la robotique à Disneyland

Julien Helmlinger - 04.08.2014

Edition - International - Ray Bradbury - Robots et humanité - Correspondance


Au cours de l'année 1974, alors que les conflits entre homme et machine constituaient un thème à la mode en science-fiction, l'écrivain britannique Brian Sibley avait sans doute lu un peu trop d'histoires dans le registre. Il nourrissait quelques craintes concernant l'utilisation de robots audio-animatronics par le parc d'attractions Disneyland. Il a alors adressé une lettre à un spécialiste du sujet, l'un de ses auteurs favoris, Ray Bradbury. Ce dernier a répondu, par un courrier qui marquerait le début d'une amitié de plus de 30 ans, et dans lequel le visionnaire confiait : « Je n'ai pas peur des robots. J'ai peur des gens ».

 

 

 Westworld (1973) 

 

L'écrivain britannique a lui-même reconnu depuis son excès de craintes, en regard des robots dont il était question. Et dans la réponse que lui adressait Ray Bradbury, l'auteur de Fahrenheit 451 s'est posé en défenseur de son ami « rêveur » Walt Disney ainsi que de son parc. Pour lui Disney était un visionnaire avec 50 ans d'avance, qu'il opposait à la plupart des autres architectes du monde moderne.

 

Ray Bradbury précise par ailleurs sa pensée amère concernant ces architectes modernes, qui étaient selon lui « des ânes et des imbéciles ayant pris position contre Big Brother pour créer ensuite des prisons dans lesquelles nous enfermer tous... notre environnement moderne qui nous étouffe et nous détruit ».

 

L'écrivain américain conseille à son pair britannique d'éviter à l'avenir de juger les faits depuis trop loin, sans prendre la peine de voir les choses avec ses propres yeux. Il confie que Walt Disney était bel et bien un homme plein de paradoxes et de défauts, mais qu'il était aussi « plein de vie, de beauté et de perspicacité ».

 

La lettre de l'écrivain émet l'hypothèse que les peurs que nous pouvons ressentir à l'égard de la technologie robotique seraient souvent des projections de craintes que l'on nourrirait légitimement à l'égard de la nature humaine. Le courrier liste notamment quelques conflits dans lesquels ce sont bel et bien des êtres humains qui massacrent d'autres êtres humains, sans avoir besoin de robots pour ce faire.

 

Pour illustrer son propos, il compare notamment les robots à d'autres fruits de la technologie, au livre notamment, qu'il considère à sa façon comme une extension de l'homme. Certaines personnes sont dangereuses, leur livre peut être dangereux, et pourtant on gagne à éviter de tous les brûler...

 

Ci-dessous, l'intégralité de la lettre de Ray Bradbury :

 

 

 

 

 

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