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Raymond Domenech, entre la confession et la boule puante

Clément Solym - 20.11.2012

Edition - Les maisons - Raymon Domenech - équipe de France - football français


Depuis hier, le livre de Raymond Domenech, ancien entraîneur de l'équipe de France, fait jaser. Et pour jaser, on jase. Tout seul, publié chez Flammarion, s'accompagnait d'une conférence de presse, ce matin, sans micro ni caméra, raconte le journaliste Hubert Artus. Qui a lu le livre, pour le coup. En entier et de « A comme Anelka à Z comme Zidane », comme il l'explique sur Pop Corner.

 

 

 

 

Hubert Artus, le monde du livre le connaît pour son penchant avoué et revendiqué à l'égard du ballon rond. Rien de mieux que son avis sur la question domenechienne, donc. Et si la presse a fait passer l'idée d'un règlement de compte de la part de Raymond, Hubert, lui, reste sceptique. « L'AFP a publié les extraits chauds, mais c'est avant tout un livre de confession, remontant l'histoire entre 2004 et 2010, et agrémenté de notes prises dans ses carnets. Match après match, il a conservé des bribes, mais qui ne représentent que 20 pages sur la totalité du livre. »

 

Flop ? Un peu : si l'on annonçait dans la presse que le livre était un coup de tonnerre dans le foot, Hubert Artus le voit plutôt comme un ouvrage factuel, où Domenech donne son avis. « Il se soulage, il se dédouane, et brise l'omerta du secret des vestiaires. C'est une chose rare, puisqu'Aymé Jacquet et d'autres entraîneurs avant lui ne l'ont jamais fait. Et c'est fait sans la mauvaise foi qu'on lui connaît, surtout. »

 

« Anelka a tué le groupe (...) au terme de ce naufrage, une image m'a réveillé un peu: Gallas et Anelka en train de rigoler après le match. Quelle inconscience. » Ce jour-là, la France avait perdu 2 à 0 contre le Mexique, et Anelka avait copieusement insulté son monde. 

(voir notre actualitté)

Alors bien sûr, Raymond est un cachotier, qui ne dit pas tout, et refuse d'expliquer pourquoi il a censuré certaines de ses notes. Dans cette mise au point sur les six années passées, on apprend un peu, beaucoup, selon que l'on soit passionné ou mordu de foot. « À l'époque de son départ, les éditeurs avaient ouvert les bras pour avoir les mémoires, à chaud, de Domenech. Et finalement, il a attendu deux ans pour publier ; c'est quelque chose qui lui ressemble bien. »

 

What A Fair Foot ! 

 

Et qui relèverait aussi de la vilaine boule puante. « Je ne peux pas m'empêcher de penser que ce livre aurait tout aussi bien pu attendre. Et qu'il fait l'effet d'une boule puante, alors que l'on est en train de reconstruire une équipe de France.... avec un certain Ribery. »

 

Et que les relations entre les deux hommes n'étaient pas réellement au beau fixe. « S'il y a la distance nécessaire, le règlement de compte est peut-être à trouver de ce côté-là. Mais après tout, il faut lui rendre qu'il est tombé sur la génération qui a suivi, dans le foot, celle qui avait tout gagné. Pas évident de poursuivre. »

 

« Je ne suis pas certain que le monde du foot l'attendait, mais j'imagine qu'il a pris le temps de la réflexion, (...) je crois que c'est surtout lui qui est intéressé par cette sortie », expliquait pour sa part Noël le Graët, sur Canal +, aujourd'hui. Domenech est fier de revendiquer sa vision des choses, et Le Graët s'arrête bien volontiers à cela. Le monde du foot n'avait peut-être pas besoin du livre. « C'est surtout Raymond Domenech qui avait le besoin d'écrire », conclura le président de la Fédération française de football.

 

Un livre qui n'est pas forcément un bon bouquin sur le foot, qui lève un peu le voile, mais que certains attendaient probablement avec impatience. Avec 20.000 exemplaires tirés, l'éditeur reste probablement prudent, sans trop s'engager. Un peu comme lorsque l'on hésite avant un lancer franc, franc du collier.

 

 

Hubert Artus, le plus footballistique des journalistes littéraires, est auteur d'un ouvrage chez Don Quichotte, Le DonQui Foot, préfacé par Abd Al Malik et publié en mai 2011. Un dictionnaire rock, historique et politique du football.