Recherche : les pouvoirs publics au secours des éditeurs privés

Antoine Oury - 06.02.2020

Edition - Les maisons - recherche france - edition scientifique france - rapport Jean-Yves Mérindol


Deux rapports récents, remis au ministère de l'Enseignement supérieur, de la Recherche et de l'Innovation ainsi qu'au ministère de la Culture, se penchent sur l'édition scientifique française. Et concluent que les pouvoirs publics, tout en encourageant à l'accès ouvert, doivent soutenir le secteur pour éviter sa disparition. Un conseil de l'édition scientifique serait chargé de surveiller l'évolution de la filière.

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(photo d'illustration, United Soybean Board, CC BY 2.0)


« [L]'édition scientifique française de revues entre dans une phase de plus en plus critique » : le rapport de Daniel Renoult, président du Comité de suivi de l'édition scientifique (CSES) n'emprunte pas de détours pour évoquer la situation du secteur. Depuis plusieurs années, l'édition scientifique mondiale connait de profonds changements, alors que la diffusion numérique, notamment en accès ouvert, se répand dans le cercle des chercheurs, et que les établissements universitaires voient leurs budgets de plus en plus contraints.

La France ne fait pas exception : « Source principale de leurs revenus, les abonnements papier des revues diminuent inexorablement. Cette diminution, estimée entre 4 % à 8 % par an selon les éditeurs, s’inscrit dans une longue évolution », souligne Daniel Renoult. Du côté du numérique, si les audiences sont là, un modèle économique viable se fait toujours attendre : en tout cas, la baisse de revenus n'est pas compensée.

La fragilité économique de l'édition scientifique française se double, selon le président du CSES, d'un « manque de formalisme juridique » qui n'encourage pas vraiment ces acteurs à mettre en œuvre des politiques d'accès innovantes. Et le manque de perspectives économiques — seul le groupe Masson n'est pas en difficulté, selon le rapport — termine de limiter le dynamisme des éditeurs.

Outre les éditeurs, les plateformes de diffusion françaises sont à la traine, « à un niveau très modeste par rapport aux plateformes étrangères » : Cairn et OpenEdition, notamment dans le domaine des sciences humaines et sociales, sont citées comme des acteurs essentiels.

Pour Daniel Renoult, le plan de soutien à l'édition scientifique va dans la bonne direction, mais doit s'orienter vers plus d'accès ouvert tout en poursuivant et pérennisant « les groupements de commandes pluriannuels », qui offrent une meilleure visibilité financière aux plateformes et aux revues.
 

Un conseil de l'édition scientifique, pour suivre le plan de soutien


Le plan de soutien à l'édition scientifique viendrait ajouter de nouvelles aides et mesures à un secteur déjà largement soutenu : « Parmi les aides indirectes ou directes à l’édition, on peut citer le régime fiscal (livres, revues), les aides du CNL et du CNRS, du ministère de la Santé (dispositif SIGAPS), la prise en charge d'emplois dédiés aux secrétariats de rédaction, la mise à disposition de locaux, les groupements de commandes et achats publics via des organismes divers (universités, organismes de recherche, hôpitaux, etc.) ou via des marchés centralisés, les investissements exceptionnels comme le programme “Investissements d’avenir” », rappelle Daniel Renoult. 

Dans son propre rapport, qui vient compléter celui du président du CSES, Jean-Yves Mérindol recommande donc une étude sur « tous les apports publics à la chaîne de l’édition scientifique ». De la même manière, une vaste recherche sur les usages des chercheurs est nécessaire, explique-t-il, pour mieux diriger le plan de soutien à l'édition scientifique.

Jean-Yves Mérindol propose aussi de faire succéder au comité de suivi de l’édition scientifique un conseil de l'édition scientifique, qui « aurait à accompagner la définition et la mise en œuvre d’un plan de soutien » et dont le « président pourrait être saisi, sans formalisme particulier, de questions autour de l’édition scientifique », un peu à la manière du poste de Médiateur du Livre pour le reste de l'édition.

Le conseil pourrait également travailler avec le Comité pour la science ouverte, composé d'institutions publiques : concernant sa composition, Jean-Yves Mérindol écarte l'idée d'une composition paritaire suggérée par le Syndicat national de l'Édition, mais prône un équilibre au sein de la vingtaine de membres que compterait ce conseil, sans s'arrêter à la distinction public/privé.
 
Dans un communiqué, le Syndicat national de l'Édition se félicite des conclusions des rapports, appelle à « la mise en œuvre rapide de ces orientations » et demande « une concertation [...] en amont des débats sur cette loi ». Il insiste également sur la « création d'une structure permanente de concertation entre éditeurs scientifiques et acteurs publics de la science ouverte » et la mise en place « en France d'une politique publique de financement de l'accès libre pérenne, concertée et à la hauteur de son rang international ».

Le rapport de Daniel Renoult est accessible à cette adresse, celui de Jean-Yves Mérindol par ici.


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