Réconciliation de Benazir Bhutto : avant-première

Clément Solym - 21.02.2008

Edition - Les maisons - Benazir - Bhutto - Réconciliation


Depuis quelques jours, le livre posthume de Benhazir Bhutto Reconciliation : Islam, Democracy and the West a été publié par la maison HarperCollins. Au détour de quelques magazines, nous avons pu glaner çà et là les opinions américaines et indiennes sur ce livre. Revenons cependant en arrière pour comprendra dans quel contexte se déroule la réflexion qu’elle porte sur le monde.

Une famille dans la ligne de mire

Benazir Bhutto intitula son autobiographie en 1989 Fille de la Destinée (et non Fille de l’Orient, dans sa traduction française…) et quand elle fut assassinée en décembre à l’âge de 54 ans, elle devint le quatrième membre de sa famille proche à succomber de mort violente dans un climat d’intrigues et de politiques pakistanaises : son père, le 1er ministre Zulfikar Ali Bhutto fut pendu en 1979 pour avoir commandité l’assassinat d’un opposant politique mineur, son jeune frère, Shahnawaz, mourra d’empoisonnement de façon mystérieuse en 1985, et son autre frère, Murtaza, fut abattu devant sa maison en 1996.

La chef du Parti populiste pour le peuple pakistanais, Mme Bhutto était elle-même une figure charismatique qui se présentait comme la représentante des espoirs démocratiques et dont la mort accentua l’instabilité au Pakistan et l’état fragile du système politique. C’est dans ce climat que le pays s’est rendu aux urnes lundi pour élire le nouveau 1er ministre.

La mauvaise fortune a poursuivi la puissante famille pakistanaise des Bhutto aussi implacablement que les Furies dans une tragédie grecque. Dans Réconciliations, livre écrit par l’ancienne 1re ministre du Pakistan et chef du Parti populaire pakistanais (PPP), peu avant qu’elle ne connaisse une mort violente, Mme Bhutto parle avec tristesse de l’histoire sanglante de son pays qu’elle considère maintenant comme fanatique et dangereux.

Réconciliation, un ouverture sur les cultures

Dans le livre, Réconciliation, elle expose sa vision de l’Islam comme « une religion tolérante, pluraliste et ouverte ». Une religion qui d’après elle a été prise en otage par les extrémistes. Elle pense que L’Islam et l’Occident n’ont pas besoin de s’affronter jusqu’à un « choc des civilisations ».

Après une enfance de privilégiée et une éducation occidentale à Radcliffe et Oxfor, Pinkie, comme on l’appelait étant jeune, retourna au Pakistan où son père fut arrêté par le Général Mohammad Zia ul-Haq en 1977. « Le jour où mon père fut arrêté, de jeune fille, je suis devenue femme. Il m’a guidé pendant près de deux ans et m’a poussé à rester concentrée, impliquée et jamais amère. Le jour où il fut assassiné, j’ai compris que ma vie était au Pakistan, et j’ai accepté les habits de leader, héritage de mon père, ainsi que son parti » avoue-t-elle.

Présence politique ou la légitimité

En tant que chef du Parti du Peuple Pakistanais, Mme Bhutto a été deux fois élue 1re ministre et par deux fois a été démise de ses fonctions pour corruption, et fut exilée pendant plusieurs années à l’étranger (À cela, il faut ajouter 5 ans de prison et d’assignation à résidence). Son retour au Pakistan en octobre 2007 fut marqué par de terribles violences (au moins 134 de ses partisans furent tués et 400 furent blessés), annonçant les terribles attaques qui lui coûtèrent la vie deux mois plus tard.

Benazir Bhutto se décrivait comme l’espoir démocratique et laïc du futur. C’est vrai, c’est ce qu’elle était, mais elle s’est bien gardée de dévoiler son bilan assez douteux en tant que 1re ministre du pays à deux reprises (1988-90 et 1993-96). Tout comme son père dont les politiques délétères et la naïveté politique qui finalement ont permis au rusé général Zia-ul Haq d’avoir raison de lui.

Un manichéisme douteux ?

Cette même dame qui s’étendait sur les références démocratiques des Bhutto, ne voyait rien d’anormal à reprendre les habits de son père et ainsi à les passer à son mari et à son fils. Les Bhutto, a-t-on l’impression, sont d’une manière résolument monarchique, les gardiens d’un système démocratique qui ne s’appliquerait pas nécessairement à eux-mêmes.

Le monde de Bhutto est noir et blanc. Les Bhutto immaculés, comprenant son mari notoirement corrompu, surnommé même « Mr 10 % » au Pakistan, d’un côté et ces démons de généraux de l’autre.

On remarquera également qu’il n’est que peu fait allusion dans son livre à l’Inde pour laquelle son père et elle-même ont toujours entretenu une relation amour-haine. Autant Zulfikar que Benazir, leurs opinions ont toujours été en dent de scies. Un jour, ils reconnaissent faiblement le succès démocratique de l’Inde, l’autre ils l’accusent d’avoir des ambitions hégémoniques. Elle ne s’étend pas suffisamment non plus sur l’accord Shimla ou ses interactions avec Rajiv Gandhi à un moment où ces deux jeunes leaders offriraient un espoir de délivrance pour ce sous-continent en ébullition.

Règlement de comptes

Le livre est aussi saupoudré d’accusations contre le président pakistanais actuel, Pervez Musharraf, avec qui elle aurait négocié un arrangement pour partager le pouvoir; arrangement encouragé par les États-Unis. Mme Bhutto rend responsable le gouvernement de Mr Musharraf d’avoir permis une résurgence des Talibans en enlevant ses forces militaires du Nord Waziristan en 2006.

Elle écrit qu’il y aurait des rapports indiquant « des préparations de fraudes massives » pour les élections 2008. Elle accuse également les partisans de Mr Musharraf de n’avoir pas pris de vraies mesures pour assurer sa sécurité lors de son retour en automne 2007. Les partisans de Mme Bhutto ravivant d’ailleurs ces accusations au lendemain de son assassinat.

Retour au pays : un danger bien connu

Évidemment, elle connaissait les risques de son retour d’exil. « J’aurais fait n’importe quoi pour épargner à mes enfants la même peine que j’ai ressenti et que je ressens toujours lors de la mort de mon père » écrivait-elle. « Mais c’est justement quelque chose que je ne pouvais pas faire ; je ne pouvais pas me retirer du parti et du combat auquel j’ai tant donné. »

Son combat, exposé dans son récit montre un Pakistan démocratique et une vision où le monde musulman et l’Occident se réconcilient. Une vision optimiste où la mondialisation encourage la tolérance, pas le ressentiment et dans laquelle « modernisation et extrémisme sont contradictoires et se repoussent mutuellement ». Son combat fut profondément secoué par sa mort prématurée.

Rappelons qu’en France c’est la maison Héloïse d’Ormesson qui publiera en décembre prochain Réconciliation, après avoir avancé la publication de Fille de l’Orient.


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