Redécouverte d'un inédit de Céline dans les archives de l'ONU

Julien Helmlinger - 03.12.2014

Edition - International - Louis-Ferdinand Céline - Société des Nations - Archives


Ce ne sont que quelques feuillets, retrouvés par hasard : alors que l'écrivain genevois Alexandre Junod consultait les archives de l'ONU, et plus précisément celles de l'ancêtre de l'organisation non gouvernementale, la Société des Nations, il y a trouvé un texte de Louis-Ferdinand Céline. L'auteur controversé de Voyage au bout de la nuit, en sa qualité de médecin, avait travaillé dans les années 1920 pour le Bureau d'hygiène de l'organisation basée à Genève, là où il se tourna vers la littérature.

 

 

Louis Ferdinand Céline

CC BY 2.0 par aeneastudio 

 

 

La découverte d'un texte inédit de Louis-Ferdinand Céline, même s'il ne pèse que quelques feuillets, est toujours un événement pour ses lecteurs. Celui dont il est question date de 1924, il s'agit d'un début d'article destiné à la revue La Presse Médicale. Il est intitulé La Vie, Pasteur, Semmelweis et la Mort, et signé du vrai nom de l'auteur, Louis-Ferdinand Destouches. 

 

L'article constitue un hommage à Louis Pasteur comme à Ignace Semmelweis, médecin hygiéniste hongrois du XIXe siècle, sur lequel le futur écrivain avait fait sa thèse de doctorat, exercice d'étudiant récemment paru chez Gallimard. En ce temps là, le futur Céline était âgé de 30 ans, tout juste sorti de ses études de médecine, et occupait depuis peu son poste au Bureau d'hygiène de la SDN.

 

Quand La Presse Médicale publia cet article, en juin 1924, le premier tiers avait été jugé trop philosophique et pas assez médical, et fut ainsi tronqué. Ce qui explique que les feuillets retrouvés, ce premier tiers d'article est resté méconnu jusqu'à sa redécouverte par Alexandre Junod. Ce dernier faisait des recherches dans le cadre d'un projet sur l'auteur, dans les actuels locaux de l'ONU. 

 

On y retrouverait déjà des thèmes chers à son œuvre future, comme l'absurdité de l'existence, la désillusion, l'horreur de la guerre, ou encore la défiance aux hommes de pouvoir. Ne manquait alors que sa « petite musique » littéraire personnelle, qui ferait de lui un écrivain singulier et novateur. Mais pour Marc Laudelout, éditeur du Bulletin célinien, « la découverte d'Alexandre Junod est importante, car les textes inédits de Céline sont rarissimes, à l'exception de sa correspondance ».

 

Après avoir parcouru toutes sortes de documents plus classiques ayant trait à Céline, le regard de Junod a été attiré par hasard sur cette quinzaine de pages tapées sur papier carbone. « J'avais déjà épluché le dossier de Céline il y a cinq ans et ce tapuscrit ne s'y trouvait pas. D'ailleurs, son principal biographe, qui est également passé par les archives de la SDN, ne le mentionne jamais. Apparemment, ce document a été déclassé entre mon premier passage en 2009 et la reprise de mes recherches en 2013. On peut y lire des corrections de la main de Céline, dont l'écriture manuscrite est très reconnaissable. »

 

Dans un premier temps, le Genevois auteur de la découverte l'a gardée pour lui, en songeant à son projet personnel, mais il s'est vite rendu à l'évidence qu'il fallait la partager avec le public. Il a alors confié le texte à Marc Laudelout, qui s'est tourné vers un autre célinien réputé, Éric Mazet, et les deux experts ont pu lui assurer que le document était bien inédit. Au cours du mois d'octobre, il a été publié sous le titre On a les maîtres qu'on mérite, dans le mensuel belge consacré à Céline, Le Bulletin célinien.

 

(via Tribune de Genève)