Rééditer des oeuvres de femmes, “spoliées, cachées par l'histoire littéraire”

Antoine Oury - 08.04.2019

Edition - Les maisons - Matrimoine Talents hauts - plumees auteure - litterature femmes


Parce que les milieux culturels et littéraires ne sont pas plus bienveillants envers les femmes que le reste de la société, un grand nombre d'auteures se sont vues éjectées de l'histoire des lettres. La maison d'édition Talents hauts propose, avec sa nouvelle collection Les Plumées, de redonner aux femmes la place qu'on leur a refusée grâce à des rééditions d'œuvres classiques.




Depuis une quinzaine d'années, les éditions Talents hauts proposent des livres pour les jeunes lecteurs, avec une attention particulière pour les représentations et la lutte contre les discriminations. La collection Les Plumées, inaugurée en février 2019 avec trois premiers titres, se donne cette fois pour mission de mettre en avant des textes classiques signés par des femmes — ou plutôt remettre en avant.
 

Rendre le soufle, à qui il a appartenu


En effet, toutes les auteures de la collection ont pour point commun d'avoir « été spoliées, cachées par l'histoire et la critique littéraires », nous explique Laurence Faron, directrice des éditions Talents hauts. Pour inaugurer la collection, Isoline, de Judith Gautier (1882), L'aimée, de Renée Vivien (publié sous le titre Une femme m’apparut en 1904) et Marie-Claire de Marguerite Audoux (1910).

Ce n'est qu'un début : deux autres romans sont prévus pour le mois de mai, avec La Belle et la Bête, de Gabrielle-Suzanne de Villeneuve (1740), et Trois sœurs rivales de Marie-Louise Gagneur (1861). Au total, une dizaine de titres devraient sortir des presses en 2019 et 2020, un rythme inhabituel pour Talents hauts. « Le nombre fait aussi la démonstration, nous avons un choix immense à notre disposition », souligne Laurence Faron.

« Le plus difficile n'est pas de trouver les textes, mais de sélectionner ceux que nous allons publier en premier », indique l'éditrice. L'équipe de Talents hauts trouve les écrits au sein des collections des Bibliothèques nationales de France et du Québec, en se guidant si besoin avec des mémoires d'universitaires sur des auteures ou des œuvres. 

Pour l'instant, les textes sont principalement issus du XIXe et du début du XXe siècle, mais les textes plus anciens ne sont pas écartés par la maison d'édition. L'objectif affiché de la collection est de faire découvrir des auteures aux jeunes générations, avec des textes et des prix accessibles : pour éviter un effet scolaire, seules une préface et une postface sont venues s'ajouter à l'écrit d'origine. Ce qui ne doit pas empêcher les enseignants de s'emparer des ouvrages, pointe Laurence Faron.
 

« On réédite plus facilement les auteurs »


C'est un fait que l'on observe facilement : l'histoire littéraire retient moins facilement les autrices. L'idée de la collection Les Plumées s'est imposée à Laurence Faron après les propos de Sarkozy sur La Princesse de Clèves, de Madame de La Fayette, et la polémique créée par l'absence récurrente de textes signés par des femmes dans les programmes scolaires ou au baccalauréat.

« Cette disparition a beaucoup d'explications, qui vont de la censure brutale à l'oubli malencontreux, mais le résultat est le même », constate Laurence Faron. « Il y a eu des cas de spoliation, comme celui impliquant Willy et Colette, mais aussi le cas des salons littéraires, où les femmes écrivaient des textes finalement signés par des salonniers. De nombreux facteurs ont contribué à rendre les auteures invisibles, comme le fait que les critiques comme les professeurs d'université soient essentiellement des hommes jusqu'au milieu du XXe siècle. »

Du critique à l'historien, le biais masculin se transmet jusqu'à former un système qui oublie les autrices sans même s'en rendre compte. « Le texte de Virginia Woolf sur le sujet est particulièrement puissant : il y a les femmes qui ont écrit et dont les œuvres se sont perdues, mais aussi toutes celles qui n'avaient pas “un lieu à soi” et qui se sont autocensurées », remarque Laurence Faron. L'accès à certains textes a même été délicat, preuve que la discrimination s'étend au-delà du vivant, dans le patrimoine : la numérisation des textes d'autrices a pris du retard.
 
Plus étrange, ce traitement différencié a aussi concerné des succès, comme le roman d'inspiration autobiographique Marie-Claire de Marguerite Audoux, qui évoque le quotidien d'une bergère : « Les éditeurs rééditent beaucoup plus facilement les homologues masculins, en témoigne le cas de Judith Gautier par rapport à son père bien connu. »

La sélection de Talents hauts pour sa collection Les Plumées n'a pas de vocation féministe, même si la collection en elle-même s'inscrit un mouvement de valorisation. « Il faut aussi montrer la variété des sujets abordés par les femmes. Et les points de vue : quand Renée Vivien écrit une histoire d'amour, c'est une histoire d'amour avant tout », termine Laurence Faron.

 


Commentaires
Moi, je ne lis que des autrices, pas des auteures.
Règle de français : les mots en eur s’ecrivent Au féminin en euse ou rice : directeur/directrice ou rameur rameuse Sans doute des raisons d’euphonie guident le choix Alors appliquons la règle N’ayons pas peur des s(c) ons
Poster un commentaire

 

grin LOL cheese smile wink smirk rolleyes confused surprised big surprise tongue laugh tongue rolleye tongue wink raspberry blank stare long face ohh grrr gulp oh oh downer red face sick shut eye hmmm mad angry zipper kiss shock cool smile cool smirk cool grin cool hmm cool mad cool cheese vampire snake exclaim question

Vous répondez au commentaire de

Cliquez ici pour ne plus répondre à ce commentaire

* Laisser vide pour ne pas reçevoir de notification par email de nouveaux commentaires.