Réforme des régions : préférer les grossistes aux libraires

Nicolas Gary - 07.07.2014

Edition - Librairies - réforme Régions - Centre librairies - remises prix


C'est un point qui est rarement évoqué dans le cadre de la réforme des Régions prévue désormais dans l'agenda du gouvernement. Si le Sénat a récemment rejeté la nouvelle carte, présentée dans l'article 1 de la loi, il est assez logique que cette chambre, qui représente justement les collectivités, prenne la mesure de ce qui se trame. D'ailleurs, dans les faits, les acteurs locaux savent aussi manier la plume pour présenter certains des aspects les plus noirs de la situation.

 

 

Le Monde des cartes librairie cartes IGN

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Luc Portier, écrivain et maire-adjoint de Dunet, commune du département de l'Indre (Région Centre) a présenté une analyse tout à fait pertinente de cette situation, diffusée originellement par l'Association interprofessionnelle du livre, Text-O-Centre. Nous reviendrons plus en détail sur ces questions, et proposons l'intégralité de ce texte. 

 

C'est que, dans le cadre de cette réforme, la Région Centre rejoindrait le Poitou-Charentes et le Limousin, ce qui ne va pas sans de nombreuses réticences. C'est peut-être plus avec la Bretagne que la chose serait possible, avait indiqué Jacques Auxiette, président de la Région. 

 

 Voici le texte de Luc Portier.

 

Logiques contre Logique

 

Le culte de la réforme, outre qu'il implique qu'avant tout était mal fait, tend à appliquer des remèdes pires que le mal, à partir d'un diagnostic simpliste. Ainsi, la réforme territoriale est présentée comme réductrice des frais, de personnel en premier, en regroupant les services dans la « capitale régionale ». Moins de fonctionnaires à terme, donc économies ? 

 

Cette étrange logique comptable conduit à aggraver le chômage, donc à freiner la croissance en abaissant le pouvoir d'achat, en modifiant les acteurs économiques.

 

Que dire de l'accroissement des frais de transport, des déplacements de personnel, en dépit des leurs engagements, de leurs crédits, de leur famille, etc.. Pour qui cette réforme qui éloigne encore plus les gens des lieux de décision ? Est-ce pour lutter contre le chômage qu'on détruit des emplois ?

 

Dommages collatéraux ou effets pervers ? De La Rochelle à Chartres, de Tulle à Gien, de Saint-Amand-Montrond à Tours, le projet de la nouvelle région centre illustre bien ce voyage en Absurdie !

 

La seule réforme valable – si tant est qu'il en faille une — ne peut être que celle issue d'un long processus de concertation, entre partenaires sociaux, économiques et politiques.

 

Elle doit découler d'un accord profond, d'une logique multiple issue d'un consensus mûrement réfléchi, appuyé sur les réalités du terrain, et non d'une logique comptable simplificatrice et réductrice, ignorant les effets pervers.

 

Centralisation ou décentralisation ? Je ne peux résister à l'envie de prendre un exemple révélateur : l'attribution des livres scolaires aux collégiens. 

 

Pour certaines régions, on veut obtenir les meilleurs prix en mettant en concurrence des grossistes qui font de grosses remises. La logique primaire conduit à conclure qu'ainsi le livre revient moins cher.

 

L'ennui, c'est que ce choix détruit un peu plus la filière des librairies, qui ferment les unes après les autres, aggravant par voie de conséquence le chômage.

 

Heureusement, pour d'autres régions, le choix a été différend, et les livres sont offerts sous forme de bons d'achat, correspondant aux manuels choisis par les professeurs.

 

Les élèves vont chercher les ouvrages en librairie, se retrouvant par ailleurs en situation favorisant la lecture.

 

Ce choix permet à tous les acteurs du livre de gagner leur vie ! Et si ce système relevait du législateur et non des régions ? La décentralisation n'est bonne que si elle procure des avantages !

En fait, les logiques appliquées fonctionnent trop contre la logique elle-même, c'est-à-dire le bon sens. La seule recette s'appelle Démocratie. C'est pour quand ?