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Réforme RAAP/IRCEC : “Chez les artistes auteurs, au désarroi a succédé la colère”

Nicolas Gary - 05.02.2016

Edition - Société - Réforme sécurité sociale - artistes auteurs


Publié en catimini le 30 décembre 2015, le décret portant sur la réforme des cotisations des artistes auteurs ne sera jamais digéré. Une pétition réclamant tout simplement son abrogation vient d’être mise en ligne avec les accents d’une lettre ouverte, adressée directement au Président de la République, ainsi qu’aux ministères de la Culture et des Affaires sociales. 

 

Marche des auteurs à Angoulême

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

La réforme prévue par le RAAP /IRCEC est décriée par les auteurs depuis ses premiers temps. Si la colère est tout particulièrement venue au mois de janvier 2015, avec une marche symbolique des auteurs de BD, lors du Festival d’Angoulême, la situation n’a guère évolué favorablement depuis.

 

Tout se déroule comme si « la réforme avait été décidée bien avant que l’on nous consulte. Nos interlocuteurs ont seulement accepté, et avec beaucoup de difficulté de changer leur feuille de route », nous expliquait-on.

 

Seule la rue de Valois a tenté de maintenir le dialogue, nous apprenaient des personnes proches du dossier. « Et encore, avec pas mal d’embarras dans les relations interministérielles : les Affaires sociales avaient la main sur le dossier, et ne voulaient rien entendre. »

 

Lors des états généraux de la BD, Mathieu Gabella, du SNAC-BD, avait promis au conseil d’administration du RAAP que la colère des auteurs ne s’éteindrait pas de si tôt. « Nous n’en avons pas fini avec vous. Nous ne laisserons pas passer la réforme en l’état, et, au pire, vous nous retrouverez aux élections du prochain CA. » Et à la ministre, Marisol Touraine, il adressait également ses meilleurs vœux : « Foutez-nous la paix, ou, au moins, écoutez nous pour la mise en place de la future réforme, afin d’éviter la catastrophe. »

 

Voici le texte-plaidoyer de la pétition : 

 

 

Monsieur le Président de la République, Mesdames les ministres de la Culture et des Affaires sociales,  

 

Nous, artistes auteurs, sommes exaspérés d’être considérés comme des pions sur un échiquier où se jouent des parties nulles ; où des reines, des cavaliers et des fous condamnent les pions à attendre et attendre jusqu’à l’usure, alors que la fin s’avère écrite d’avance, sans la moindre écoute des propositions émises par nos représentants.  

 

Nous, artistes auteurs, sommes exaspérés par les promesses non tenues, les simulacres de dialogue social, le partage inéquitable de la valeur que nous créons et le manque de considération de notre situation économique et sociale pourtant aussi parfaitement connue qu’inquiétante.  

 

S’agissant de la réforme de notre retraite complémentaire, le 30 décembre 2015 vous avez fait promulguer, en catimini, un décret contre l’avis des représentants des artistes auteurs alors que fin juillet 2015 vous aviez vous-même conditionné la réforme à une « large acceptabilité ».  

 

Aujourd’hui nous demandons au gouvernement l’abrogation immédiate du décret RAAP-IRCEC et l’ouverture de négociations avec nos représentants. Ce décret est parfaitement inadapté aux spécificités de nos professions artistiques. Il dégrade encore un peu plus nos conditions d’exercice professionnel déjà extrêmement précaires.  

 

En mars 2013, les ministères de la Culture et des Affaires sociales se sont engagés à améliorer la protection sociale et la qualité de service de leurs organismes sociaux (Mdass et Agessa). Or, à ce jour, vos ministères ne soutiennent aucune mesure d’amélioration et méprisent les demandes des artistes auteurs dans la loi sur la création.  

 

Sans artistes auteurs, pas de livres, pas d’expositions, pas de spectacles, pas de musique, pas de films, etc. L’arbre « florissant » des secteurs de la création cache la forêt de la paupérisation et des relations inéquitables avec celles et ceux sans qui ils n’existeraient pas. Notre revenu médian est deux fois plus faible que celui des salariés. Nombre d’entre nous n’atteignent même pas le seuil de pauvreté.  

 

Monsieur le Président de la République, Mesdames les ministres, vous nous avez promis des améliorations.

 

Dans les faits, vous nous imposez des dégradations sans concertation. Ces agissements indignes sont d’une grande violence dans le contexte social et économique qui est le nôtre. Visiblement vous n’en mesurez ni l’ampleur ni la profondeur, comme en témoigne la récente « affaire des médailles » suite au FIBD 2016 à Angoulême.  

 

Aujourd’hui, chez les artistes auteurs, au désarroi a succédé la colère. Entendrez-vous enfin leur parole ?  

Veuillez agréer, Monsieur le Président de la République, Mesdames les ministres, l’expression de nos sentiments révoltés.