Refus de visa pour l'écrivain Ali Zamir : incompréhension de l'éditeur

Clément Solym - 16.08.2016

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« Ali Zamir, écrivain non grata en France ? », s’interroge Frédéric Martin, directeur des éditions Le Tripode. Dans un courrier adressé à la rédaction de ActuaLitté, ce dernier dévoile que l’Ambassade de France près l’Union des Comores refuse une demande de visa. Le plan de communication risque fort d’être perturbé...

 

Ali Zamir

 

 

Sous prétexte que la préfecture de la Réunion interdit à l’auteur de transiter sur le territoire, voici donc comment un jeune auteur francophone se retrouve coincé. « Ali Zamir est supposé séjourner en France durant les mois de septembre et octobre prochain pour répondre aux multiples invitations des médias, des librairies et de festivals comme les Bibliothèques idéales à Strasbourg et Les Correspondances à Manosque », précise l’éditeur, qui ne comprend définitivement pas.

 

D’autant plus que « l’importance de ce jeune auteur francophone – Ali Zamir a 27 ans – est soulignée depuis plusieurs semaines par de nombreux écrivains, critiques littéraires et libraires ». La situation échapperait à tout bon sens, et, assurément, l’impossibilité pour l’écrivain comorien de se déplacer avec son épouse – tous deux ont vu leur demande rejetée – pose un sérieux problème.

 

« Nous pensons qu’un pays qui se ferme même à ceux qui éveillent sa langue est un pays qui se condamne », assure l’éditeur. Le roman d’Ali Zamir, Anguille sous roche, doit paraître le 1er septembre prochain, et figure dans plusieurs sélections de prix littéraire de la rentrée. 

 

Bien entendu, une pétition a été mise en ligne pour demander le soutien de tout un chacun, avec 219 signatures, d’ores et déjà atteintes.

 

Voilà quelques années, une mésaventure identique était arrivée au Gabonais Janis Otsiemi : ce dernier se voyait notamment reprocher le fait de n’avoir pas explicitement manifesté son intention de quitter la France après son arrivée. Et pour cela, les autorités consulaires avaient refusé sa demande de visa...

 

Un cadeau fait à la France que sa présence

 

Sollicité par ActuaLitté, Frédéric Martin n’en revient définitivement pas. « Je pense que c’est juste une bourge, un manque d’attention à la personne qui a formulé la demande de visa. C’est un refus par automatisme, ce qui n’est pas forcément des plus réjouissants, cela dit. »

 

La première demande de visa avait été opérée en avril dernier. « On nous a informés que, de toute manière, le dossier ne serait traité qu’en août. Et voilà qu’ils ont attendu 15 jours avant son départ pour refuser. C’est presque une blague », poursuit l’éditeur.

 

« Je n’imagine pas qu’Ali Zamir ne puisse pas venir en France : c’est un cadeau qu’il nous fait en venant ici. La pétition n’avait d’autre finalité que de faire sentir cela. De toute manière, les délais sont désormais tellement courts qu’il ne nous est pas possible d’entrer dans un processus procédurier : l’urgence, c’est de dire aux autorités “Ouvrez les yeux....”. Son texte a été tellement lu... »

 

Salué comme le premier roman le plus singulier de la rentrée, le livre Anguille sous roche fait partie des titres les plus attendus. « Les médias vont s’emparer de cette histoire, et il ne sera plus possible aux responsables de rester sur cette position. Sinon, cela soulève de vraies questions dans notre rapport à la francophonie. »

 

L’auteur, qui avait sollicité Le Tripode en envoyant son livre par internet, « a été découvert par hasard : c’est lui qui nous a découverts. Si le 5 septembre il n’est pas là, en France, avec nous, c’est qu’il y a un malaise dans la civilisation ». 

 

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il n'aura fallu que 24 heures, à peine, pour que l'administration vire de bord...