Refuser le mariage homosexuel, une lourde responsabilité

Nicolas Gary - 22.02.2013

Edition - International - Orson Scott Card - Superman - mariage homosexuel


La liberté d'expression ne s'érode que si l'on n'en use pas assez. Dans le cas d'Orson Scott Card, l'écrivain aux positions farouchement opposées au mariage homosexuel, la liberté d'expression est devenue problématique. Les sociétés qui travaillent autour de la promotion du prochain film, dont l'écrivain prend en charge le scénario, menacent de tout arrêter...

 

 

Orson Scott Card

NCBrian (CC BY ND 2.0)

 

 

Sur ses croyances personnelles, Scott Card ne s'est jamais privé de rendre publiques ses positions, et rarement ses remarques sont passées inaperçues. Ainsi, on lui doit : « Pour la gauche il s'agit de donner le pouvoir d'introduire des valeurs antireligieuses dans les esprits de nos enfants », ou encore le fait que l'homosexualité soit « un dysfonctionnement de la reproduction ». Or, comme l'opinion publique a été de plus en plus sensible à cette question sociale, les réactions de Scott Card deviennent plus problématiques que jamais. 

 

Les réactions ont été multiples dans l'interprofession. Mais plusieurs propriétaires de librairies comics ont assuré qu'ils ne vendraient pas les aventures de Superman, scénarisées par Scott Card. Et pour d'autres, l'affaire est pire encore, attendu que le romancier est un militant fervent de la National Organization for Marriage, qui lutte activement contre le mariage homosexuel. Une association que Card a rejointe en 2009, et qu'il soutient en torpillant de sa plume des articles farouchement opposés à ce mariage. 

 

De Charybde en Scylla, puisque maintenant, l'homosexualité dans les comics est devenue un argument marchand. Un mariage gay chez Marvel, un autre dans la série Archie, des coming-out chez DC Comics... autant de manières pour l'industrie du livre de séduire un autre lectorat. Ainsi, les services commerciaux de Archie avaient assuré qu'après la sortie de l'exemplaire sur le mariage homo, des milliers de nouveaux abonnés se sont manifestés. Contre sept désabonnements, en protestation. 

 

« En tant qu'éditeur de contenus, nous défendons particulièrement la liberté d'expression, et par ailleurs les opinions personnelles restent ce qu'elles sont - des opinions personnelles - et ne représentent en rien celles de la société elle-même » a expliqué un porte-parole de DC Comics récemment, pour tenter de rassurer l'opinion publique. 

 

Or, comme si tout cela ne suffisait pas, un directeur exécutif de la société Summit, qui se charge du prochain film, assure qu'Orson Scott Card sera gardé dans l'ombre le plus possible pour ne pas influencer sur la promotion. Ainsi, on ne devrait pas le voir programmé durant le célèbre Comic-Con de San Diego. Surtout que dans le même temps, Lionsgate est en train de préparer le terrain des salles obscures, pour l'arrivée du film Ender's Game, adaptation directe du roman de SF écrit par Scot Card. 

 

Si le studio décidait, pour des raisons de pressions populaires, de supprimer l'écrivain de sa campagne de communication, cela reviendrait, toutes proportions gardées, à lancer le dernier épisode de Twilight, sans inviter Stephenie Meyer. Déjà, on prend une certaine distance. « Les visions politiques d'Orson ne reflètent pas celles des cinéastes. Nous parlons de l'adaptation d'une oeuvre, pas d'une personne. L'oeuvre vit par elle-même. » (via Hollywood reporter)

 

La campagne de boycott qui surviendrait, si l'affaire continue de faire du bruit, ne manquera pas de le confirmer...