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Regards croisés d'écrivains sur Jean-Michel Basquiat

Julien Helmlinger - 21.03.2015

Edition - International - Jean-Michel Basquiat - Art contemporain - Poésie


Né en 1960 à Brooklyn et mort en 1988 à Soho, ce fut à la vitesse d'un mythe que Jean-Michel Basquiat fit de son parcours un patchwork haut en couleur. Ce samedi au Salon du livre de Paris, le Guadeloupéen Ernest Pepin, auteur de Le griot de la peinture, chez Caraïbéditions, et Michel Nuridsany, critique d'art ayant publié Jean-Michel Basquiat chez Flammarion, croisaient leurs regards respectifs sur cet artiste-peintre qui signait SAMO, pour Same old shit. 

 

 

Graff

CC BY 2.0 par ID Number THX 139

 

 

Ernest Pépin, qui verse dans la littérature avec passion et pas seulement quand il s'agit de causer d'arts, s'est laissé fasciner par « les origines multiples de l'artiste », par son vécu difficile de Noir américain, mais aussi par la nouvelle langue qui a émergé de sa sensibilité, de son parcours : tout un monde bariolé. Il a choisi d'écrire à la première personne, pour nous livrer un « travail de jazzman ».

 

À cette approche intuitive s'oppose celle, plus factuelle, de Michel Nuridsany. Sa musique serait plutôt le hip-hop. Quoi qu'il en soit, sa biographie raconte la même histoire de celui qui, d'abord très bon élève, atterrit dans une école pour « gens différents ». Ses études abandonnées, il vendit T-shirts et cartes postales de sa fabrication avant de rencontrer celui qui en ferait une star, Andy Warhol. 

 

Basquiat avait eu l'audace d'approcher le célèbre artiste lorsque lui-même était encore un inconnu, et les deux hommes finirent par produire une centaine d'oeuvres à quatre mains. Pour Michel Nuridsany, cette relation témoigne d'un « dialogue, d'une reconnaissance et peut-être même d'une certaine inversion des rôles, non déclarée. Ils vont arriver, en gros, à se neutraliser ».

 

Tous deux soulignent ce respect sentimental qu'éprouvait l'artiste pour sa mère, qui lui a fait découvrir les arts en l'emmenant petit aux musées, mais également l'importance des clubs qu'il fréquentait. Basquiat est célèbre comme peintre, mais, rappellent les deux écrivains, il orna d'abord les murs de ses écrits poétiques et à la fin de son existence il aurait souhaité être poète plutôt que peintre.

 

Pour Ernest Pépin, Basquiat a créé une poésie originale, en devenir. Inclassable, pourtant classique à sa façon, souligne Michel Nuridsany. Le Guadeloupéen lui accorde des appuis communs avec Aimé Césaire, qu'il a lui-même côtoyé, et dépeint un artiste de métissages et de mélanges. Son pair évoque quant à lui sa fascination pour Kerouac, ses rapports aux drogues, à la sexualité, à l'argent.

 

Les écrivains lui reconnaissent une « vie disloquée et foudroyante », un côté séducteur, décrivant son ego comme surdimensionné et son cynisme nécessaire. Ernest Pépin estime que c'est cette fièvre rebelle et de création, qui a créé et détruit l'homme. Ils évoquent le « magnétisme véritable » du personnage, qui viendrait en partie de ses blessures personnelles et d'avoir été touché par la grâce.

 

En fin de parcours, sa mort restera un mystère. Overdose, suicide ? Difficile de se prononcer. Comme son art, son trépas fut très immédiat et secret.

 

 

 Ernest Pépin, Michel Nuridsany