Régine Deforges : Contre la sottise, la cruauté ordinaire des 'honnêtes gens'

Nicolas Gary - 04.04.2014

Edition - Les maisons - Regine Deforges - honnêtes gens


J'ai fait la connaissance de Régine Deforges à l'occasion de la préparation des entretiens que Leonardo Marcos a animés auprès d'elle et de son amie Manon Abauzit pour un ouvrage que les Editions de la Différence ont publié le 15 mai 2013, Les Filles du cahier volé.

 

 

Claude Mineraud et Régine Deforges 

 

 

Lors d'un déjeuner, nous nous sommes réellement rencontrés en découvrant, ce que je ne savais pas, que nous étions nés l'un et l'autre dans la Vienne, à 40 kilomètres de distance.

 

Une sympathie nous a immédiatement réunis, qui, très vite, est devenue une souriante affection.

 

Une sympathie parce que nous nous sommes, avec quelle joie, aperçus que nous partagions une vision du monde nourrie du même indéfectible amour de la vie, des mêmes colères, de la même révolte devant le spectacle d'une société qui ne reconnaît ses enfants que lorsqu'ils ont su résister à l'air du temps et ont survécu jusqu'à leur disparition aux attaques qu'on ne leur avait jamais ménagées.

 

Une affection parce que j'aimais en elle la femme flamboyante qu'elle n'avait jamais cessé d'être, une affection partagée parce qu'elle m'était reconnaissante d'un regard qui l'aidait peut-être à se préserver de l'angoisse du miroir.

 

Elle nous avait récemment confié la publication de deux romans, le premier, La Bergère d'Ivry, qui devait sortir à la prochaine rentrée littéraire, le second, L'Anneau d'Attila, au début de l'année 2015.

 

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Très peu d'hommes et de femmes peuvent, au cours de leur vie, faire bouger « les êtres et les choses ». Régine Deforges l'a fait. Elle s'est battue contre la sottise, la cruauté ordinaire des « honnêtes gens ». Elle a réussi à imposer Eros, le seul dieu à exprimer la force de vie qui traverse les siècles et les millénaires, une flamme sans laquelle le courage s'abandonne à une pulsion de mort.

 

Elle a chanté la beauté qui irradie le délire dionysiaque. Elle a annoncé que l'émerveillement abolit l'espace et le temps, qu'il transforme l'intelligence en divination, le désir en une esthétique. Elle a délivré le feu de sa couverture de cendres, le ciel de ses nuages bas et sombres.

 

Aujourd'hui que tous les médias chantent ses louanges après l'avoir, certains d'entre eux, poursuivi de leurs sarcasmes lorsque la Justice de ce pays lui réservait opprobre et sanctions, j'affirme, Colette Lambrichs et tous les collaborateurs de La Différence avec moi, que les femmes et les hommes que Eros accompagne ne meurent jamais. Nous continuerons donc à parler de Régine Deforges au présent – et à réserver à Pierre Wiaz, son mari, notre amitié.

 

Claude Mineraud

président des Editions La Différence

 

 

Régine Deforges, écrivain et éditrice française, est née à Montmorillon dans la Vienne. D'un ton très libre, voire libertin, ses romans sont souvent des plaidoyers féministes défendant le droit des femmes à s'assumer seules, jusque et y compris dans leur sexualité, qui peut être le lesbianisme. 
Éditrice sulfureuse, elle publie de nombreux textes qui sont saisis par la censure dont Le Con d'Irène de Louis Aragon. 
Ses romans ont tous reçu un immense succès populaire, notammentLa Bicyclette bleue qui a été vendu à plusieurs millions d'exemplaires.