Régine Desforges : "L'abolition de la prostitution est une chimère"

Clément Solym - 22.08.2012

Edition - Société - desforges - Vallaud-Belkacem - prostitution


La ministre du Droit des femmes, Najat Vallaud-Belkacem, avait provoqué quelques sourires, fin juin, en déclarant ouverte la guerre contre la prostitution. Décidée à faire disparaître ce commerce, elle dévoilait son projet. « La question n'est pas de savoir si nous voulons abolir la prostitution - la réponse est oui - mais de nous donner les moyens de le faire. Mon objectif, comme celui du PS, c'est de voir la prostitution disparaître. » 

 

Déjà, fin juin, les réactions allaient bon train, les associations féministes saluant cette décision, tandis que les prostituées, pour leur part, et le Syndicat du travail sexuel ou encore l'association Avec nos aînées n'y voyaient qu'une vaste fumisterie : la prostitution, avec ou sans maisons closes, existera toujours, et les propositions n'allaient pas beaucoup plus loin que celles de Roselyne Bachelot, qui reprenait elle-même celle du ministre de l'Intérieur de 2003... Nicolas Sarkozy.

 

C'est dans une tribune que publiera le Nouvel Observateur demain qu'un groupe d'intellectuels réagit, deux mois plus tard, aux projets de la ministre, considérant que « l'abolition de la prostitution est une chimère ». Parmi les signataires de ce texte, on retrouve la philosophe Élisabeth Badinter, l'écrivain Régine Desforges, l'enseignant de littérature Claude Habib ou encore le cinéaste Claude Lanzmann, précise l'AFP.

 

Pour eux, il faut distinguer l'esclavage provoqué par les réseaux mafieux, qui « relève d'un impératif universel », alors que la volonté d'abolir la prostitution implique un « parti pris idéologique ». Or, c'est cet élément qui révolte les auteurs, parce qu'il repose sur des éléments que l'on peut éminemment contester. Cela impliquerait d'un côté que « la sexualité tarifée est une atteinte à la dignité des femmes », et de l'autre, que « les prostituées sont toutes des victimes et leurs clients, tous des salauds ». Pas tout à fait, déclarent les signataires : « comme le clament les prostituées non contraintes par un tiers et qu'on se refuse à entendre, la dignité des femmes ne repose pas sur le critère des pratiques sexuelles ».

 

La motivation de la ministre à vouloir pénaliser et poursuivre les clients, « c'est se donner à peu de frais l'illusion d'agir », dénoncent les auteurs. Mais ce n'est certainement pas un acte qui abolira la prostitution. « Ni les call-girls ni les réseaux par internet n'en seront affectés, comme le prouve l'exemple suédois. En souffriront d'abord les prolétaires du sexe ».

 

Pour les signataires, il faut bien envisager le fait qu'« une femme n'est pas nécessairement victime de l'oppression masculine lorsqu'elle se livre à la prostitution » dans le cadre d'une activité occasionnelle (voulue) ou d'un métier exercé à temps plein (choisi). Bien que l'activité présente des risques, les clients « ne sont pas tous d'horribles prédateurs ou des obsédés sexuels qui traitent les femmes comme des objets jetables » et la profession demande à rapidement sortir des préjugés moraux qui bien souvent la brident.

 

De même, la pénalisation des clients, souhaitée par Mme Vallaud-Belkacem et les abolitionnistes, « n'entraînera pas la suppression de la prostitution » avant de conclure que « ce sera au bout du compte écarter de la vue ce qu'on ne veut pas voir et produire un enfer pavé de bonnes intentions ».