Régis Jauffret : "Mon roman est une recherche de la vérité"

Clément Solym - 27.09.2012

Edition - Société - jauffret - claustria - Fritzl


On connait malheureusement tous l'affaire Fritzl, un cas d'inceste découvert fin avril 2008, en Autriche. Mal a pris à Régis Jauffret de s'en inspirer pour son roman Claustria. Pourtant bien accueillit en France, l'ouvrage vient d'être fortement attaqué par la critique autrichienne, le jugeant comme une « pure saleté ».

 

 

 Claustria sera publié en anglais en août 2013, par Salammbô presse.

 

 

Avec Claustria, sous couvert d'une reprise moderne du mythe de la caverne de Platon, Régis Jauffret s'inspire aussi largement du fait divers, et, en l'occurrence, celui de la séquestration dans une cave d'Elizabeth Fritzl par son père.

 

« Ce livre est une œuvre de fiction », scande l'écrivain, même si l'intrigue tient sur l'emprisonnement et le viol d'une fille par son père. Rien de plus que, par le biais de la littérature, d'imaginer une telle famille dans l'avenir, socialement et humainement. En France, on a plutôt apprécié la qualité de l'ouvrage, tandis que plus touchée directement, l'Autriche a décidé de sortir une série injurieuse de critiques.

 

Claustria, un livre qui dérange

 

Pour Rudolf Taschner, du journal Die Presse, Claustria est une « pure saleté », ce livre est même « catastrophique ». Avant que d'ajouter : « Celui qui lit ça doit se laver soigneusement les mains après. Jauffret est incapable de mettre un visage humain sur l'un de ses personnages qu'il vole toujours à la vie réelle Ils sont tous de la vermine de criminels, mis à part le narrateur qui est jeté dans un monde cruel où un nombre notable de nos concitoyens est le fruit de relation incestueuse ».

 

Et les journaux d'enchaîner les avis révoltés. Die Welt annonce Claustria comme inacceptable, en ce qu'il « rend délinquant chaque Autrichien ». Sentiment d'attaque nationale ou vexation plus personnelle, quoi qu'il en soit le livre de Régis Jauffret ne remue pas que des vagues en Autriche. Tandis que Falter juge du « jeu perfide de l'auteur avec ses lecteurs », Régis Jauffret confit au Guardian que les médias autrichiens critiquent son livre parce qu'ils ne croient pas qu'un Français aurait pu sérieusement enquêter sur la question.

 

« Mon livre dérange les médias autrichiens, car j'ai enquêté sur place, vu les psychiatres qui ont examiné Fritzl. Je me suis rendu sur place, et j'ai rencontré des experts qui ont étudié la cave de la maison Fritzl. Leurs conclusions étaient que la cave n'était pas en béton, pas insonorisé, et que vous pouviez entendre dans la maison, tout ce qui se passait dans la cave », exlique Régis Jauffret. « Les experts n'ont pas été appelés au procès. Leur rapport n'a pas été cité ».

 

Le "devoir de l'écrivain" est d'écrire sur son temps

 

Car le roman de Jauffret est celui qui défend une cause, proteste et accuse un système. Et le fait de
dénoncer les « défaillances de la police et du système judiciaires », « c'est ce que les Autrichiens ne peuvent pas supporter, venant d'un citoyen français », ajoute l'auteur qui souligne également la controverse de la loi anti-inceste en Autriche qui ne punit que le père qui viole son enfant, avec un maximum de trois ans de prison.

 

« Cette loi est en contradiction avec les lois européennes relatives à la protection des enfants ... Je pense que tous les médias européens doivent unir leurs voix pour faire pression sur les institutions européennes pour qu'elles fassent pression sur l'Autriche, afin de modifier cette loi. A l'heure où je vous écris, il y a des enfants qui sont violés leurs parents à cause de cette loi. Il est urgent de le dénoncer ».

 

Pour Régis Jauffret, il est absurde de faire cas aussi injurieusement d'un tel ouvrage, à moins qu'il soulève justement le point sensible de l'affaire. Il est surtout du « devoir de l'écrivain », en dehors de la narration et de la romance, d'écrire « sur son temps, et donc aussi des crimes contemporains ».

 

Et de conclure : « L'artiste arrive après la police, l'appareil judiciaire et après les médias qui ont tous parlé de la vie privée des victimes ». « Ceux qui font du tort aux victimes sont les criminels, pas ceux qui en parlent pour essayer de découvrir la vérité. Mon roman est une recherche de la vérité. Une recherche que le système judiciaire n'a pas prise en compte pour sa décision ».