Réhabiliter la mémoire de Miguel Hernandez, martyr de Franco

Clément Solym - 12.07.2010

Edition - Justice - miguel - hernandez - mémoire


La Cosmopoética avait mis Miguel Hernandez à l'honneur durant sa 7e édition, le maire rappelant que « poésie n'est pas seulement vivante chez les élites, mais elle est faite pour atteindre tous les quartiers de la ville ». Et l'oeuvre du poète fut exposée à Cordoue, sur les balcons du centre historique... Un bel hommage.

Mais cette fois, l'ambiance n'est plus à la fête. Figure très appréciée de la littérature espagnole, moins connu probablement que Frederico Garcia Lorca, persécuté par le régime franquiste, Hernandez fut tout de même condamné à mort, qui se commua en une peine de 30 ans de prison. Mais il mourut en 1942, à 30 ans, bien avant de l'avoir purgée.

Et aujourd'hui, sa famille souhaite que l'on réhabilite sa mémoire, et que ses sympathies de l'époque pour la gauche, un crime alors, soient supprimées des registres. La semaine passée, la famille a lancé une action en justice pour que la mémoire du poète soit réhabilitée. Sa belle-fille, Lucía Izquierdo, souhaite « quelque chose de plus, qu'ils annulent la condamnation à mort afin que nous puissions le décharger de cette honte ».

En effet, en mars, la famille avait obtenu du gouvernement espagnol une déclaration officielle de réparation des tors. Mais la cour suprême d'Espagne a rejeté par le passé des dizaines de demandes visant à faire annuler les jugements sommaires de l'époque, au motif qu'ils suivaient la législation de l'époque. Sauf que les avocats de la famille ont désormais une preuve supplémentaire à apporter au dossier : la lettre d'un fonctionnaire datée de 1939, assurant l'innocence du poète. Laquelle fut retrouvée voilà peu lorsque les archives du poète furent numérisées.

Elle le décrit comme « une personne au passé irréprochable, aux sentiments généreux, et une profonde formation religieuse et humaniste, mais dont la sensibilité excessive et le tempérament poétique l'ont amené à agir en conformité avec les passions du moment plutôt qu'avec calme et volonté ferme. »

Elle se conclut par : « Je garantis son comportement, sa ferveur patriotique et religieuse. Je ne crois pas qu'il soit, au fond, un ennemi de notre glorieux mouvement. » Un moyen d'obtenir une rédemption, mais en passant d'une certaine manière par les fourches caudines de l'approbation d'un gouvernement alors despotique.

La dernière phrase de Miguel, mort de la tuberculose, griffonnée sur le mur de sa chambre d'hôpital : « Adieu frères, camarades, amis, permettez-moi de prendre congé du soleil et des champs. »

Il avait été arrêté en 1939 et condamné à mort, considéré comme un élément dangereux pour le régime, et Franco comprit cependant que pour ne pas en faire un martyr national, il fallait réduire sa peine, comme il le fit pour Lorca.

Deux oeuvres ont été traduites en français
  • La foudre n'a de cesse (11 janvier 2002), Éditions Folle avoine
  • Hormis tes entrailles (novembre 1989), Éditions Unes