Relation directe avec le lecteur : l'ouvrage gratuit, ou le cadeau bonux

Clément Solym - 22.12.2015

Edition - Economie - marketing direct - lecteurs données - fichier client


Le modèle commercial du Direct-to-Consumer est en réflexion intense dans le secteur de l’édition. Jusqu’à lors, la chaîne du livre était constituée de cette relation entre éditeur-distributeur-libraire. Mais l’évolution contemporaine pousse l’éditeur à chercher de nouvelles solutions, sans pour autant discriminer les autres opérateurs.

 

ugly doll bonux

Arnoo CC BY NC ND 2.0

 

 

Obtenir du trafic sur un site de référence nécessite des investissements, évidemment, mais le modèle de la vente directe n’est pas une fin en soi. Pour certaines maisons, de petite taille, il reste pourtant impératif de disposer d’un outil de vente, tant la distribution est problématique. Joe Wikert, analyste et spécialiste de l’édition, revient alors sur la possibilité d’un dialogue entre l’éditeur et le lecteur.

 

Selon lui, tout ouvrage devrait contenir une mention encourageant, que ce soit sur papier ou en numérique, les lecteurs à entrer en relation directe avec la maison. Pour ce faire, le recours à la gratuité serait, selon lui, une solution pragmatique. En échange d’une adresse email, qui viendrait enrichir une base de données, le lecteur recevrait alors un ouvrage gratuitement.

 

C’est un processus d’opt-in assez classique, de recrutement qui peut avoir de l’intérêt dans la perspective de campagnes à venir. Et d’opérations en conséquence. 

 

Joe Wikert détaille alors des solutions techniques, pour garantir l’authenticité des adresses emails collectées, et ainsi de suite. Évidemment, l’objectif est d’obtenir des données utilisables, et exploitables.

 

Par ailleurs, il suggère d’offrir un choix large d’extraits qui sauront intéresser les lecteurs. « Laissez-les choisir les sujets, les auteurs, les genres qu’ils préfèrent », simplement parce que cette possibilité conforte la relation, et exploite le catalogue intelligemment.

 

Difficile de mesurer réellement l’impact de ce que la gratuité peut apporter à la maison. Les lecteurs sont des consommateurs comme les autres, ultra sollicités, et disposer d’une adresse email ne suffit pas vraiment à constituer un fichier client pertinent. L’idée vaut d’être expérimentée malgré tout – justement à titre d’expérimentation. 

 

Et si vous ne savez pas quoi faire avec les extraits d’ouvrages dont vous disposez, il est toujours possible de les "pirater". Cela permet, plutôt que de faire la chasse aux fichiers contrefaits sur la toile, de disposer d’une présence sur les réseaux de partage... 

 

Tout cela ramène cependant aux recommandations de Charlie Redmayne, PDG de HarperCollins UK. Ce dernier mettait ses confrères en garde contre les risques de cyberattaques que les maisons pouvaient subir. 

 

« [Les éditeurs] sont de plus en plus menacés par ceux qui veulent accéder à nos systèmes, nos comptes de messageries, nos bases de données de consommateurs en même temps que nos comptes bancaires – les outils mêmes qui nous permettent de fonctionner », expliquait-il. 

 

« Chaque jour, nous sommes attaqués – depuis les piratages les plus complexes, en passant par les virus et les chevaux de Troie. Et des vagues d’emails d’hameçonnage – certains sont ridicules, d’autres très intelligents – et une erreur, une maladresse d’un membre du staff, et on se fait tous avoir. »

 

Disposer de données personnelles, c’est toujours courir le risque de les voir convoitées par des tiers peu recommandables.