medias

Relire : Auteurs étrangers, méfiance, contactez votre agent

Clément Solym - 05.04.2013

Edition - International - auteurs étrangers - demande d'opposition - registre ReLIRE


Ah, la France : terre d'asile (et d'aliénés), qui accueillit la loi Hadopi, dont les pouvoirs publics ont tous tenté de nous faire croire qu'il s'agissait d'une législation protégeant le droit d'auteur et que les pays du monde entier nous enviaient... Mais ces mêmes pays du monde entier sont en train de découvrir avec stupeur la loi sur la numérisation des oeuvres indisponibles, votée contre la volonté du peuple, le 1er mars 2012. Et avec l'assentiment des 10 députés qui s'étaient perdus dans l'Assemblée nationale. 

 

 

 

 

Le projet est pourtant simple, et aurait tout pour séduire : numériser des oeuvres qui ne sont plus commercialement proposées en librairies, au format papier. Sauf qu'en regard des contrats d'édition, les auteurs devraient retrouver leurs droits sur les oeuvres, automatiquement, puisqu'il existe un défaut d'exploitation. Aussi, pour commercialiser les oeuvres en version numérique, il aurait fallu renégocier tous les contrats d'auteur individuellement. Et les maisons n'étaient pas vraiment disposées à accomplir ce travail. 

 

Ce n'est pas sans un certain cynisme que l'on aurait dit, dans les couloirs où passent les gens des milieux autorisés. « Mais pourquoi aurait-on demandé leur avis aux auteurs ? » Trop de temps, en effet, à investir, alors qu'une législation et un financement douteux permettaient d'aller bien plus vite. À ce titre, il faut rappeler que ActuaLitté a pu établir, en examinant les marchés publics de la BnF, que la base de 50.000 oeuvres indisponibles a été achetée à Electre/Le Cercle de la librairie, pour un montant den 124.999 €. 

 

 

 

 

 

En regard de l'ensemble des erreurs contenues dans la base du registre ReLIRE, qui présente la fameuse liste, on se dit qu'il faudrait probablement demander une remise... 

 

Or, toute cette législation n'était pour l'heure que scandaleuse à l'intérieur du territoire français. Scandaleux pour les auteurs, clairement dépossédés de leurs droits et contraints de démontrer, pour s'opposer à la numérisation arbitraire et unilatérale de leurs livres, qu'ils sont bien les détenteurs des droits. Alors qu'il est admis, et validé par la loi, que les éditeurs ont le droit d'exploiter leurs oeuvres, sans même avoir à prouver qu'ils sont contractuellement en mesure de le faire.

 

C'est commode, parfois, une législation bien ficelée et appuyée par un fort lobbying. 

 

Pourtant, la loi sur la numérisation des indisponibles commence à inquiéter, par-delà les frontières de l'Hexagone.? En effet, le site GNBraun pointe la présence du livre De sang et d'encre, publié par Naturellement, en 1999. Sauf qu'entre temps, l'éditeur a fait faillite et que l'on se demande bien qui recevra les droits pour la vente du livre numérique. 

 

Mais, autre problème, le titre est signé par une belle brochette d'auteurs... anglo-saxons : Neil Gaiman, Chelsea Quinn Yarbro, Lawrence Schimel, Brian Stableford, Brian Lumley, Charles de Lint, S. P. Somtow, Brian Hodge, Nancy Kilpatrick, Nancy Holder, Kristine Kathryn Rusch, Freda Warrington, Bob Weinberg.

 

Ce recueil de 17 contes inédits de vampires, qui s'opposera à leur numérisation, alors que l'éditeur français n'est plus, que les auteurs américains ne sont sûrement pas avertis que leur oeuvre, en traduction, pourrait être exploitée sans que les droits numériques aient été achetés au préalable. 

 

Car si en France, les auteurs commencent à se mobiliser et communiquer autour de la numérisation abusive, qui a pris le temps de communiquer auprès des auteurs traduits ? Certes, les traducteurs eux-mêmes, en tant que co-auteurs, ont le droit de s'opposer, nous a-t-on récemment confirmé, mais les auteurs de la langue originale ?

 

« Se réveiller un matin, aller sur internet, voir un éditeur avec qui on a coupé les ponts depuis 30 ans faire de la pub pour votre livre, et apprendre qu'on ne peut rien y faire, c'est ce qui attend de nombreux auteurs de livres contemporains avec cette loi... Et on nous appelle des pirates ? » souligne Baptiste Marcel, secrétaire du Parti Pirate