Remise de 5 % en librairie sur les livres : prudence, mère de sureté

Clément Solym - 03.07.2012

Edition - Librairies - remises - loi Lang - librairies


Information ActuaLitté : Le 20 juin dernier, Aurélie Filippetti, ministre de la Culture, réunissait les différentes instances de la librairie pour une table ronde autour des impératifs des différents acteurs français. La mission première que revendiquait la ministre était le retour à une TVA de 5,5 % pour le livre, qui a été relevée à 7 % depuis le plan de rigueur Fillon II. 




 

Or, durant cette table ronde, l'une des propositions avancées par la ministre était de mettre fin à la remise concédée, dans le cadre de la loi Lang, de 5 %. Un rabais que les libraires peuvent accorder, sans aucune obligation légale, mais qui permet de fidéliser une clientèle aujourd'hui plus prompte à aller sur le net pour obtenir des livres moins chers.

 

Toutefois, l'idée ennuie profondément la Fnac, qui s'appuie sur cette ristourne légale pour assurer la fidélisation de ses clients. Rappelons que la loi de 81 interdit que l'on vende un livre à un prix autre que celui fixé par l'éditeur. Les 5 % interviennent selon l'envie des libraires. Et pour Fnac, justement, c'est un outil commercial dont la suppression impliquerait la fin de l'intérêt du public pour la carte adhérent. « Le goût de la lecture, c'est intéressant, mais pour le susciter, et l'entretenir, les marges de manoeuvre commerciales sont maigres. Sans la carte adhérent, que va-t-on pouvoir mettre en place ? Certains y sont favorables, évidemment, mais il faudra en parler », précise un observateur. (voir notre actualitté)

 

D'autre part, la ministre, durant son discours à l'occasion de l'Assemblée générale du Syndicat national de l'édition, avait réitéré la nécessité de respecter les engagements pris par le candidat Hollande. « J'ai confirmé que le gouvernement entendait respecter son engagement de ramener la TVA sur le livre au taux de 5,5%. Cette mesure est inscrite dans le projet de collectif budgétaire.Il m'avait semblé judicieux, dans un premier temps, de repousser l'entrée en vigueur de la loi au 1er janvier 2013. Ainsi, la création d'un fonds de soutien à la libraire aurait pu compenser le surcroît de taxe collectée par le ministère des Finances. Malheureusement, la situation de nos finances publiques éloigne les perspectives de ce fonds et je m'interroge désormais sur une application plus récente. » (voir notre actualitté)

 

Mais la mesure qui tendrait à faire disparaître les 5 % de remise pose un sérieux problème : « Certains pensent que la modification de cette dérogation, inscrite dans la loi de 81 reviendrait à ouvrir la boîte de Pandore », nous explique un libraire aquitain. En effet, dans l'empressement des discussions de 81, qui ont vu naître la loi Lang fixant un prix unique pour le livre, une remise de 5 % avait été concédée. « Aujourd'hui, certains s'en servent pour créer des cartes de fidélité, mais depuis les Rencontres de Lyon tout le monde prend conscience que ce rabais est une mauvaise chose. En fait, ce serait une décision salutaire pour tous que d'arrêter ce rabais. » 

 

Encore faut-il accepter que la loi sur le prix unique du livre soir remise en question. « D'autant plus que supprimer les 5 % de remise, ce serait l'occasion pour Amazon d'obtenir plus de marge sur la vente de livres. Puisqu'aujourd'hui, pour fidéliser les clients, ils effectuent la remise d'office, si on leur imposait de la supprimer, ils gagneraient 5 % supplémentaires. » Les vitrines les plus clinquantes obtenant des remises plus importantes de la part des distributeurs que les libraires, supprimer la remise de 5 % pourrait revenir à un bouclier fiscal que l'on croyait tombé en désuétude.

 

Faut-il considérer alors que toucher à la loi Lang serait un nécessaire exercice de toilettage, ou un délignage dans les règles ? « Le problème, c'est qu'avec les marchands en ligne, qui proposent des livres neufs mis en relation avec des ouvrages numériques, remisés à 15,20 ou 30 %, mais également des livres d'occasion, la notion même de prix éditeurs n'existe plus. »

 

Cependant, d'autres libraires ne vont pas tout à fait dans ce sens, prônant la mesure et une certaine mesure. « Supprimer les 5 %, c'est délicat. Surtout pour ceux qui ont l'habitude de les pratiquer dans leur librairie. Dans la région, on voit des libraires qui font des 3 % au lieu des 5 %, mais ils marchent sur des oeufs. Surtout quand on voit un enseignant arriver dans la boutique, et nous demander si nous proposons bien une remise de 10 % pour les profs. La situation est complètement faussée, parce que les gens ne savent pas ce qu'il en est réellement. De fait, il nous faut expliquer la réalité de l'économie dans les librairies, tout simplement parce que le grand public en ignore tout. »

 

Entre les pandores et Pandore, difficile de faire son beurre.