Auteurs : "La faiblesse des à-valoir est désolante"

Nicolas Gary - 02.12.2014

Edition - Economie - auteurs rémunérations - sécurité sociale - régime retraites


Les questions sociales pour les auteurs signifient que l'on entre dans un véritable casse-tête. Rémunérations, retraites, à-valoir, autant de sujets qui tendent une corde à violon, que personne ne souhaite pourtant casser. « Il ne s'agit pas d'aller en bloc contre les éditeurs, mais de dénoncer les injustices de la chaîne et ses dysfonctionnements », assure Valentine Goby, présidente du Conseil permanent des écrivains. Et les sujets ne manquent pas.

 

 Ronan Lebreton, Carole Trebor, Valentine Goby

Ronan Lebreton, Carole Trebor, Valentine Goby - ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Au rang des disparités difficiles à supporter, les droits d'auteurs, pour les auteurs et illustrateurs jeunesse, de 3 à 8 %, contre une moyenne de 10 % pour les auteurs de littérature générale, rappelait ainsi Carole Trebor, lors d'une table ronde qui se tenait au Salon de Montreuil. « Les auteurs jeunesse pourront, peut-être, un jour, toucher 8 à 12 % de droits d'auteurs, comme leurs collègues de littérature générale », conclura en fin de discussion Valentine Goby. Vœux pieux, évidemment...

 

Retraites, sécurité sociale : j'ai mal

 

Sur la question du régime des retraites, l'appel des auteurs BD à la précédente ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, « aura permis d'ouvrir la discussion », assure Ronan Lebreton, auteur BD. Mais d'autres problèmes se profilent : comme l'actuel régime de retraite doit être réformé, pour une mise en conformité avec les conditions européennes, il y aura l'obligation de passer par un taux proportionnel pour les auteurs. 

 

C'est d'ailleurs dans ce contexte que Marie Sellier évoquait avec nous la possibilité de taxer les ventes de livres du domaine public, pour apporter un financement supplémentaire à la retraite des auteurs. Les livres d'occasion étaient également en ligne de mire pour ce faire. « Aujourd'hui, nous souhaitons tous une retraite, mais l'arbitrage doit se faire entre cotiser ou boucler ses fins de mois », s'agace Valentine Goby. « Nous avons été traités comme des enfants », poursuit-elle.

 

Le RAAP, organisme qui est à l'origine des protestations, devait avoir une réunion avec la Sofia, qui participe au financement des retraites. « Mais étant donné que les négociations ont été suspendues, nous sommes tous plongés dans l'incertitude, désormais », embraye Ronan Lebreton. 

 

Se regrouper, adhérer, pour être plus forts

 

L'un des enjeux, pointe Carole Trebor, réside dans la cohésion des auteurs. « Si vous voulez que l'on parvienne à faire reculer les injustices, il faut que vous, auteurs, soyez proches des organisations qui vous représentent. Ne plus être passifs face à ce qui nous arrive, c'est possible : les auteurs peuvent agir. »

 

 

Les auteurs bientôt tous à poil

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Dans le même ordre d'idée, la réforme Agessa/Maison des artistes, deux associations chargées de la sécurité sociale des artistes, est pour le moment au point mort. « Le fait que tout soit gelé, actuellement, cela vous semble être une maigre victoire, mais ce gel ouvre la porte aux discussions », relève Ronan Lebreton. Ce sera peut-être même « un sursis salutaire pour les négociations ». 

 

Revenus, contrats et prêt d'ebooks 

 

Et pour revenir sur la question des revenus, le constat est simple : « La faiblesse des à-valoir est désolante. » D'autant plus que l'auteur est corvéable à merci, dans le cadre des tournées promotionnelles pour ses œuvres. « Auteur, c'est un boulot de militant et de nomade, en permanence sur les routes pour assurer la promo de son livre », insiste Valentine Goby. 

 

Or, la question du livre numérique attise plus encore les problèmes : « Un livre numérique, ça coûte moins d'investissements à l'éditeur, il est normal que l'auteur réclame le même pourcentage. » Comprendre, le même revenu que pour le livre papier, au moins. « Il faut catégoriquement refuser les droits numériques à 10 %, sinon, on va crever. C'est individuellement que cela doit être négocié. » Des phrases d'autant plus symboliques que ce 1er décembre entrait en vigueur la nouvelle législation concernant le contrat d'édition. « Soyez vigilants, sur la question de la rémunération, parce que [suite aux négociations avec les éditeurs] nous n'avons obtenu aucune assurance. »

 

À ce jour, deux types de contrats sont disponibles, l'un rédigé par le SNE, l'autre par la Société des Gens de Lettres. Si les deux sont valides, celui de la SGDL protège évidemment mieux les auteurs. 

 

Enfin c'est la question des bibliothèques et du prêt numérique, qui a été abordée. « C'est tout le modèle économique des éditeurs qui est en péril avec le prêt d'ebooks », affirment les auteurs, particulièrement inquiets. S'il est impossible de s'opposer au prêt d'ouvrages papier, ce dernier est protégé par le fait que la Sofia reverse un peu d'argent aux auteurs. En revanche, pour le livre numérique, il leur est possible de refuser, il s'agit simplement d'une clause à ajouter au contrat. 

 

Mais si ce dernier inquiète, c'est avant tout parce que les conditions de vente des ebooks aux bibliothèques semblent excessifs : un même ouvrage, prêté simultanément à plusieurs usagers, cela ne favoriserait pas la rémunération des créateurs. Ou alors, il faudra que les concertations reprennent...