Rémunération des auteurs : "Je vends mon âme, mais à des taux élevés"

Camille Cornu - 06.11.2015

Edition - Economie - Harlan Ellison - rémunération des auteurs - paiement salaire créatif


Le sujet a beaucoup été débattu récemment, jusqu’à ce que le CNL rende obligatoire la rémunération des auteurs sur les salons qu’il finance. L’occasion de revenir sur magnifique coup de gueule de Harlan Ellison sur son exigence de recevoir une rémunération sur tout ce qui a trait à son travail d’auteur. 

 

Harlan Ellison par Ronald Woan, CC BY-NC 2.0

 

 

Auteur de fiction très prolifique, Harlan Ellison, né en 1934, a également beaucoup travaillé pour Hollywood, écrivant pour le cinéma ou la télévision. S'il a pu vivre de son travail d'écriture, cela ne s'est donc pas fait sans compromis, dont celui d'un nom de plume différent pour différencier son propre travail de celui qu'il acceptait pour des raisons purement financières. Il est particulièrement réactif en ce qui concerne ses droits d'auteur. 

 

Parmi les arguments qui auraient justifié la non-rémunération des auteurs sur les salons, le fait que leur présence participe à  leur propre promotion. Mais selon Ellison, cela ne participerait qu’à la promotion de l’événement lui-même, ou du produit quelconque qui voudrait s’enrichir de la présence d’un écrivain. 

 

Dans cet extrait de Dreams with Sharp Teeth, un documentaire biographique de 2009 réalisé par Eric Nelson, il raconte cette anecdote : une petite société de production l’aurait contacté pour obtenir le droit (gratuit) de réutiliser une interview « très intéressante » qu’il avait donnée pour la création du making of de Babylon 5, une série sur laquelle il travaillait comme consultant créatif. 

 

Lorsqu’il répond qu’ils peuvent naturellement réutiliser son interview, à la condition de le payer, il se voit répondre que tout le monde le fait gratuitement, et que ce sera une « bonne publicité » pour lui. 

 

« Peut-être que tout le monde est stupide, mais pas moi. De quel droit m’appelez-vous pour me demander de travailler pour rien ? Vous recevez un chèque pour votre travail ? Votre patron en reçoit un ? Est-ce que vous payez les cameramen, les régisseurs, les monteurs ? Iriez-vous à la station-essence demander de l’essence gratuite ? Appeleriez-vous un médecin pour lui demander de vous soigner gratuitement ?  Il n’y a pas de publicité pour moi si vous mettez mon interview dans votre DVD. Si vous en vendez des centaines, bravo, et après vous croyez que les gens vont se dire : j’aime vraiment l’interview de cet homme, je vais aller voir s’il a écrit un livre. Il n’y a aucun avantage pour moi, à moins que vous ne me donniez de l’argent. » 

 

Si ces questions n’ont pas cessé d’être sur le devant de la scène ces dernières semaines, la façon dont Ellison peut se positionner clairement et refuser tout travail non payé est que sa position d’auteur hollywoodien est déjà suffisamment confortable. Il a écrit le scénario de The Oscar (1966) et différents scénarios pour des séries télévisées, dont Star Trek. « Oui, je vends mon âme », admet-il, « mais je la vends à des taux élevés ». 

 

Avec Ben Bova, un autre auteur de science-fiction, il avait attaqué ABC et Paramount Pictures en justice, déclarant qu’une de leurs séries, Future Cop, était basée sur un de ses textes. Les sociétés de production avaient dû lui verser 337.000 $ de dommages et intérêts. Il a également attaqué James Cameron pour l’avoir plagié dans The Terminator (1984), et a gagné le droit d’être crédité.

 

 

 


Pour approfondir

Editeur :
Genre : science fiction...
Total pages : 360
Traducteur :
ISBN : 9782070424733

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de Harlan Ellison

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