Rémunérer les auteurs en festival, maintenant impératif

Cécile Mazin - 22.10.2015

Edition - Economie - rémunérer auteurs - manifestation littéraire - France organisateurs


Rémunérer les auteurs pour leurs interventions durant les manifestations sera maintenant obligatoire. Les foires, salons et autres festivals littéraires qui souhaitent obtenir un financement de la part du Centre national du livre devront répondre à ce nouveau critère. Cela ne concerne pas les dédicaces, et répond à une nécessité contemporaine de paupérisations des écrivains. 

 

Delphine de Vigan - Le Livre sur la Place

Delphine de Vigan

 

 

Le Conseil d’Administration du CNL a définitivement adopté la proposition, ce 13 octobre dernier : il sera impératif pour les organisateurs de manifestations soutenues par le CNL, qu’ils procèdent à une juste rémunération des auteurs.

 

« Désormais afin de permettre une juste rémunération du travail des auteurs, les organisateurs de manifestations soutenues par le CNL, comme c’est déjà le cas pour la Sofia et la Scam, devront rémunérer les auteurs qui participent à des rencontres », assure le Centre.

 

Plusieurs organisations avaient diffusé une tribune, pour appeler à instaurer cette mesure, et saluaient également l’engagement du Centre pour leur cause.

 

La décision du Centre national du livre de conditionner, comme la SOFIA et la SCAM, le soutien financier qu’il apporte à 97 manifestations littéraires à la condition de rémunérer les auteurs lors de leur prise de parole va dans le sens d’une reconnaissance de la réalité du travail de l’auteur : un travail qui, au-delà du temps de pure création, s’étend au partage de l’œuvre avec le public. Cette décision s’inscrit par ailleurs dans une entreprise plus vaste de définition du statut de l’auteur de l’écrit dans la France du XXIe siècle. (voir la Tribune)

 

 

Cependant, cette modification n’aurait pas que des avantages : Lionel Davoust, écrivain, faisait valoir au moins deux conséquences qu'engendrerait la mesure. Ainsi, rémunérer les auteurs « pour toucher les (vitales) subventions du CNL » impliquerait par exemple : 

 

• Une augmentation du prix d’entrée (voire un passage du gratuit au payant) – en une époque qui s’efforce de promouvoir la lecture, hausser le prix du ticket d’entrée est une tragédie pour les plus démunis ;

• Surtout, des choix bien plus draconiens et sans risque sur les auteurs au programme.

 

« En d’autres termes, qui va-t-on préférer, favoriser ? Les grands noms, les auteurs très grand public, les coups éditoriaux –, contribuant par là même (et sous la contrainte !) à réduire la diversité culturelle, à contracter toujours davantage le paysage éditorial vers la sécurité, à creuser le fossé entre les très gros vendeurs et les auteurs plus confidentiels ou exigeants, et entre les marchés (roman sentimental contre poésie, par exemple) », poursuivait Lionel Davoust.

 

Une réalité déjà grandement constatée

 

Le CNL indique toutefois que 78 manifestations sur les 95 soutenues rémunèrent déjà les auteurs. Et cette décision ne serait en réalité qu’une manière d’acter un mouvement déjà existant.

 

La grille de rémunération s’appliquera sans distinction aux auteurs français et étrangers. Les auteurs en dédicace n’entreront pas dans ce dispositif, de même que les universitaires qui publient dans leur champ de compétence, et sont déjà payés pour ce travail.

 

— les rencontres centrées sur le dernier ouvrage de l’auteur invité seront a minima rémunérées 150 € HT ;

— les rencontres nécessitant un temps de travail préparatoire seront a minima rémunérées 226 € HT (correspondant au tarif proposé par la Charte des auteurs et des illustrateurs jeunesse pour une demi-journée) ;

— les lectures-performances de et par l’auteur seront rémunérées a minima 400 € HT.

 

Plus d’information sur la demande d’aide à la réalisation de manifestations littéraires.

 

On pourra également se replonger dans le manuel proposé pour apprendre comment et sur quels critères rémunérer les auteurs :