Renaudot : Marco Koskas dénonce “l'hypocrisie de l'argument” des libraires

Antoine Oury - 14.09.2018

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Depuis plusieurs jours, une partie des libraires français, soutenus par le Syndicat de la librairie française (SLF), donnent de la voix contre la première sélection des jurés du Prix Renaudot. Cette dernière fait apparaitre un ouvrage autopublié par son auteur, Marco Koskas, Bande de Français, qui n'est diffusé que sur Amazon. L'écrivain a répondu aux libraires, dénonçant « l'hypocrisie de l'argument ».


Librairie L'Armoire à livres - Bordeaux
(photo d'illustration, ActuaLitté, CC BY SA 2.0)
 
 

Quelques jours après la publication de la première sélection du Prix Renaudot, dans laquelle nous avions repéré la présence d'un livre autopublié par son auteur, Bande de Français de Marco Koskas, la libraire Mélanie Le Saux nous avait fait parvenir une tribune. « Madame, Messieurs, c’est avec stupéfaction, incrédulité d’abord, indignation ensuite que j’ai découvert que vous aviez choisi de sélectionner un livre auto-édité chez… Amazon », commençait-elle dans cette lettre ouverte au jury du Prix Renaudot.

 

« Alors bien sûr une question se pose. Sous prétexte de défendre un (peut-être) bon livre, de soutenir un auteur rejeté par le même milieu de l’édition qui l’avait jadis publié, de montrer du doigt je cite “l’israélophobie délirante des éditeurs traditionnels”… Vous êtes prêt à abandonner les librairies ? », écrivait encore cette libraire. 

 

À cela s'est ajouté l'avertissement du Syndicat de la librairie française, qui voit dans la sélection d'un livre autopublié sur Amazon « un signal inquiétant pour l'avenir de la création ».

 

Interrogé par Le Point, où il officie en tant que chroniqueur, Patrick Besson, qui a poussé le livre dans la sélection du Prix Renaudot, a expliqué que l'ouvrage de Koskas, selon lui, était « l'un des plus originaux, des plus intéressants » de la rentrée. « Moi, ce qui m'intéresse, c'est le texte », indique par ailleurs Besson, comme les écrivains et jurés du Prix Goncourt, que nous avons récemment interrogés : « Ça dépend du livre, mais il ne faut pas avoir d'œillères », affirmait ainsi Bernard Pivot.

 

« C’est donc pour mon bien qu’ils veulent que je dégage »

 

Marco Koskas, interrogé par l'AFP, a qualifié le mouvement des libraires de « chantage » et de « diktat ». « Les libraires devraient s'en prendre aux éditeurs qui ont refusé de me publier, et pas à moi », complète-t-il. Dans une tribune titrée « Des Plumes et du Goudron », dont ActuaLitté a pu prendre connaissance, Marco Koskas insiste : « J’étais déjà très seul face aux éditeurs, pochetrons et puritains unis comme les doigts d’une même main pour rejeter mon manuscrit. Me voilà encore plus seul face à la cohorte des libraires qui, en dépit des règles basiques de loyauté dans une compétition comme un prix littéraire, mettent en demeure le jury de me jeter dehors. »

 

« L’hypocrisie de l’argument mérite qu’on s’y arrête un instant : “Avez-vous conscience que vous priveriez cet auteur d’une diffusion dans nos 3500 librairies, si vous lui accordiez votre prix ?” disent-ils à peu près dans leur courrier », poursuit l'auteur de Bande de Français.

 

“Chez les éditeurs traditionnels, j'ai rencontré
une israélophobie délirante”

 

Il reproche par ailleurs aux libraires de n'avoir même pas fait l'effort de se renseigner quant à la disponibilité de son livre : « Il y a bien des distributeurs comme Hachette ou Interforum, capables de stocker et diffuser quelques exemplaires de mon livre ! Ils ont bien un téléphone pour me contacter, ces gens-là ! Car, contrairement aux contrats d'édition classique, les contrats d'Amazon ne sont pas des contrats exclusifs. Eh oui ! Amazon ne vous met pas le grappin dessus. »

Néanmoins, pour les libraires, individuellement, se procurer et vendre le livre de Marco Koskas relèverait du parcours du combattant...

 

La deuxième sélection du Prix Renaudot sera connue le 3 octobre prochain.
 

Un “boycott” désormais suivi

 

Si l'idée d'un « boycott » du Prix Renaudot et des auteurs qui font partie de son jury a pu être évoquée par les uns et les autres, elle s'est depuis transformée en une opposition, simple, certes, mais franche, de la part des libraires. Ce sont ainsi les associations régionales de librairies indépendantes qui font désormais savoir qu'elles s'associent à l'indignation du Syndicat de la librairie française.

 

« En intégrant à sa sélection l’ouvrage Bande de Français de Marco Koskas autoédité sur la plate-forme d’Amazon, en en faisant donc la promotion, nous considérons que le prix Renaudot légitime et participe à la mise en danger de la création et de la chaîne du livre », indiquent plusieurs organisations dont la liste est reproduite ci-dessous.

 

  • ALIP, Association des Librairies Indépendantes en Pays de la Loire (47 librairies adhérentes)
  • Association Libraires du Sud (60 librairies adhérentes)
  • Libr’aire, Association des libraires indépendants en Hauts de France (50 librairies adhérentes)
  • Librairies Indépendantes en Nouvelle-Aquitaine (103 librairies adhérentes)
  • Libraires en Rhône-Alpes (118 librairies adhérentes)
  • LIRA, libraires indépendants en Région Auvergne (29 librairies adhérentes)
  • Paris Librairies (137 librairies adhérentes)



Commentaires

Incroyable levée de boucliers de ces libraires . Si la littérature de langue russe n'avait pas connu le "samizdat" où en serait - elle aujourd'hui ?

"Renaudot" sélectionne une œuvre publiée en "samizdat" et en français en 2018.

Chapeau !
Lettre ouverte d'une libraire en colère,

Non, M. Koskas, le problème n'est pas l'auto édition, le problème est qu'un livre édité sur la plateforme à laquelle vous avez confié votre tapuscrit n'est accessible que par cette plateforme. Donc, vous et vos parrains si bien inspirés adoubez le tueur de librairies... MM. Besson, Beigbeder et consorts font juste un coup de buzz sur votre dos. On ne risque pas de vous boycotter : on ne peut pas acheter votre livre qui n’est accessible que sur la plateforme en question qui vend des livres au poids, en évitant soigneusement la législation sur le prix d’un livre et du port, en tuant le métier de libraire. Sur une classe de 30 élèves, savez-vous combien viennent en librairie acheter leur Zola ou Hugo ? Moins de 5... Ça en fera des lecteurs d’acheter un livre « obligatoire » sans échanger avec un libraire ?

Vous insultez bien inutilement les libraires, preuve de votre méconnaissance totale du circuit du livre, sans doute par rogne d’avoir été recalé chez les éditeurs que vous avez sans doute approché, comme beaucoup, d’autant que vous arriviez auréolé de la gloire éphémère de celui qui a déjà été édité. Vous vous trompez de cible. Nous avons organisé ce week-end une double signature de deux livres qui se répondaient parfaitement, l’un est un document historique auto édité, l’autre est un de nos coups de cœur de la rentrée littéraire, sur le même thème, version fiction. Un auteur auto édité, si son livre est bon, si son auteur accepte de faire l’ingrat travail de distribution et de présentation aux libraires, celui-là a toute sa place en librairie !

Les libraires sont anti sémites ? On a de très bons livres, écrits parfois par des israéliens (voire même des arabes)... Lisez Homo Deus de Yuval Noah Harari et vous comprendrez que le Big Data est un nouveau dieu aussi dangereux que ses prédécesseurs, il vous lave aussi bien le cerveau... Vous préférez le roman ? Évacuation de Raphaël Jerusalmy excellent, son auteur situe aussi l'action à Tel-Aviv, on le trouve pour 16,50 € chez Actes Sud, imprimé sur du beau papier, sans fautes ni coquilles. Parce que j’en ai relevé une trentaine dans les quelques pages accessibles, preuve s’il en était besoin que du tapuscrit au livre édité, il y a quelques étapes qui valent bien les quelques euros de plus...
@Sol : du coup cette histoire de distributeurs comme Hachette ou Interforum c'est faux ?
Oui. À moins d’acheter sur la Zone et donc avec une marge à zéro, c’est exactement ça. Un libraire n’achète pas directement à l'éditeur mais à son distributeur. Par exemple, Actes Sud est distribué par UD, Stock par Hachette etc. La loi Lang est plus ou moins une bonne chose (prix unique du livre) mais cache des disparités énormes entre les gros et les petits. Chez Hachette, j’ai théoriquement 33
A la lecture des réactions de M. Koskas, des questions me taraudent :

Est-il un si grand écrivain que son livre devait absolument être publié ?

Le rejet de ce livre par les éditeurs (qui rejettent des douzaines de manuscrits par jour, soit dit en passant) est-il vraiment une preuve de leur incompétence ? De leur "israélophobie" ? Ou ont-ils simplement estimé que ce titre n'avait pas sa place dans leurs catalogues ?

Faut-il rappeler que derrière les noms des maisons d'édition, il y a des HUMAINS qui doivent être absolument ravis de se faire qualifier d'incompétents et d'intolérants ?

Est-ce que l'argument de "l'israélophobie" n'est pas facile et puéril ? En plus, son commentaire semble accuser l'ensemble de la profession. A moins que ce ne soit encore les "grands parisiens" qui trinquent ? J'ai personnellement du mal à croire que tous les éditeurs de France et de Navarre soient israélophobes. Et si, encore une fois, ils parlent uniquement des parisiens, pourquoi n'avoir, semble-t-il, démarché que ceux-là ? M. Koskas ignore-t-il l'existence de la petite édition indépendante ? J'imagine que l'israélophobie rampante des grands éditeurs avec des noms qui "brillent" ne lui aurait pas posé de problème s'il avait été publié.

Est-ce un problème de littérature ou simplement d'ego ?
Pour répondre à la première question, je vous invite à lire les 10 pages "offertes" par la Zone pour vous faire une idée... Je ne juge pas du style, question de goût, mais l'étape de mise en page et celle de la relecture ont manifestement sauté... Du coup, 10€, c'est un peu cher payé à mon avis...



Pour l'antisémitisme de la profession, je n'ai pas les stats sous les yeux mais se priver d'excellents auteurs qui peuvent accessoirement être israéliens serait juste suicidaire. Ici, l'essai d'Harari fait partie des meilleures ventes et Jerusalmy a été notre premier coup de cœur de l'année 😏



Pour votre troisième question, je dirais que oui, sans doute... mais je crains d'être un peu partiale 😂

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