Rencontre avec Hélène Pourquié, co-fondatrice du Festival Vo-Vf

Claire Darfeuille - 23.10.2014

Edition - International - traduction littéraire - Hélène Pourquié - festival Vo-Vf


Durant trois jours, le dernier né des festivals littéraires a donné la parole aux traducteurs. Hélène Pourquié, libraire et co-fondatrice avec Pierre Morize et Sylvie Melchiori de Vo-Vf, tire le bilan de ces intenses échanges entre traducteurs et lecteurs dans le cadre verdoyant du Moulin de la Tuilerie à Gif-sur-Yvette. Une seconde édition réussie qui en appelle une troisième en 2015.

 

 

 Hélène Pourquié, co-fondatrice du festival Vo-Vf  © Guillaume Busato

 

 

- Quelles sont les évolutions du festival par rapport à la première édition en 2013 ?

 

Nous avons eu beaucoup plus de monde ! Beaucoup plus de passages, que ce soient des gens des environs ou de personnes venues de plus loin. Une partie des visiteurs de la première édition sont revenus cette année avec des amis. La librairie éphémère Babel, installée le temps du festival sous un barnum, a d'ailleurs vendu deux fois plus de livres. Après les tables rondes, les gens se précipitent pour acheter les livres et c'est exactement l'idée qui était la nôtre au départ et notre objectif : donner envie de lire.

 

- La librairie proposait de la littérature étrangère en français et en langues originales ?

 

Six librairies étrangères parisiennes étaient partenaires, Shakespeare & co pour la littérature anglo-saxonne, la librairie italienne La Libreria, la librairie espagnole et latino-américaine Hispanidad, la librairie hellénique Desmos, la Librairie du Globe pour la littérature russe, la librairie allemande Marissal et la Librairie du monde arabe. Chacune nous a confié une trentaine de livres en dépôt et les bibliothécaires de la ville ont tenu la librairie Babel pendant tout le festival.

 

- Quelle est la particularité du festival ?

 

L'idée principale est de donner la parole aux traducteurs qui sont souvent les meilleurs connaisseurs des œuvres et d'excellents passeurs, et de faire découvrir la littérature étrangère. Le cadre paisible et convivial du Moulin de la Tuilerie permet de véritables moments de rencontres aussi bien durant les tables rondes qu'à l'extérieur, durant les pauses. Il se crée une authentique proximité que ce soit entre les traducteurs ou avec les visiteurs. Nous tenons aussi beaucoup à l'entière gratuité des animations [seul le succulent repas du samedi est payant : 15 €, NdR], car le festival s'adresse à tout le monde.

 

- Quels sont les moments forts du festival qui vous restent en mémoire ?

 

Difficile de choisir, il y en a eu tant ! À commencer par la soirée d'ouverture avec le parrain du festival Patrick Deville devant un auditoire fasciné par sa culture et sa faconde… Ensuite, il y a eu la surprise offerte par André Markowicz pour clore le festival, sa performance improvisée a beaucoup ému le public [et certains russophones jusqu'aux larmes… NdR]. Puis, toutes les discussions passionnantes pendant les tables rondes où parfois deux générations de traducteurs entraient en dialogue, et d'autres moments tout aussi inoubliables en dehors des rencontres. Je pense notamment au Marathon des langues pendant lequel un Éthiopien est venu dire un texte très touchant, puis un jeune Chinois, une Norvégienne…  

 

- Les enfants avaient aussi leur espace durant le festival ?

 

Oui, nous avions remarqué lors de la première édition que certains visiteurs venaient en famille. Pendant que les enfants sont occupés à l'atelier calligraphie ou à écouter la lecture d'un conte du monde entier, les parents peuvent se rendre à une table ronde. Mais il est aussi possible de prendre un livre et de lire dans un transat. C'est d'ailleurs un de nos constats. Il faut ménager plus de pauses. Laissez du temps entre deux rencontres…

 

- La cuisine a aussi été un lieu important du festival ?

 

Ah, oui, nous n'avons par arrêté de cuisiner pendant tout le festival ! Il faut ici saluer le travail des bénévoles, Laurence en cuisine et son escouade de marmitons, mais aussi la cinquantaine de bénévoles qui a aidé a la logistique, au décor, à l'installation, etc. sans oublier les deux chevilles ouvrières du festival, Adeline Barnault et Stéphanie Beaupré, qui ont travaillé toute l'année à son organisation. 

 

- Vous aviez fait appel aux dons pour boucler le budget du festival. Avec succès ?

 

Oui, grâce à une opération de financement participatif sur Kisskissbankbank, nous avons pu boucler le budget. Mais l'opération reste lourde à porter, malgré les aides que nous recevons de la Région, du Conseil Général, de la Ville, de la Drac, de la Sofia, etc. Du point de vue financier, il s'agit d'une opération blanche pour notre librairie Liragif. Toutes les recettes sont réinjectées dans l'association. Je crois que les gens perçoivent que notre engagement est totalement désintéressé. Enfin, nous sommes heureux que l'ATLF soit à nos côtés depuis la première édition et que notre partenariat avec la Bulac (voir notre actualitté) perdure, car nous allons dans le même sens : faire découvrir des textes, des langues, des cultures, ouvrir d'autres horizons.