Rencontres, animations : quand la vie de la librairie déborde

Nicolas Gary - 01.07.2019

Edition - Librairies - animation librairie - libraire métier - public conquérir


RNL19 – Dans la perspective de recentrer l’activité autour du client — le séduire, le fidéliser et susciter sa curiosité — les animations en librairie ont une grande importance. Certes, elles ne sont pas la cause première poussant à ouvrir les portes : les visiteurs trouvent qu’il y aurait beaucoup à améliorer. Pour autant, ces temps de rencontre existent, nécessitant une plus grande implication… des clients.

Librairie Rousseau Chambéry
Jean-Jacques Rousseau (Chambéry) - ActuaLitté, CC BY SA 2.0


Seuls 2 % des clients citent les animations comme raison principale d’attractivité de leur librairie, et les événements proposés semblent largement perfectibles, indiquait une précédente étude Opinea pour les Rencontres. Une autre, réalisée par Ipsos, cible spécifiquement les animations, cette fois du côté des libraires. 

En règle générale, les principales animations tournent autour des signatures, des rencontres, des interventions dans des manifestations nationales ou régionales, des festivals ou des lectures. Or, l’un des points remarquables, c’est le manque d’intérêt porté sur les jeunes publics — moins de 15 ans ou 15-25 ans. Surtout que, majoritairement, ce sont les signatures/dédicaces qui sont proposées. 

Communiquer et accueillir

En moyenne, on compte une trentaine de participants, sur l’ensemble des événements organisés. Mais dans l’idée de renouveler le public des établissements, il faut faire connaître le lieu, et pour ce faire, mettre en place des rencontres privilégies, relève l’étude. Car la majeure partie des participants, à 96 %, sont déjà des clients acquis. 
 
Pour certains, la piste de l’organisation sur inscription, pour rompre avec l’entrée libre, serait un début de solution : 81 % des animations ne nécessitent pas de réservation. À ce titre, impliquer le public en l’obligeant à s’inscrire permettrait de combattre le modèle de la chaise vide, tout en conférant une valeur accrue. 

Pour communiquer, la devanture de l’établissement est utilisée par 93 % des répondants, et les réseaux sociaux par 89 %. Pour ces derniers, Facebook est infiniment majoritaire — 99 % – suivi d’Instagram, à 34 % et Twitter, à 16 %. 

Les lancements de livres ou de collections, peu prisés

Chose prévisible, les rencontres et débats sont les animations les plus susceptibles de rencontrer le succès — tandis que le lancement d’un titre ou d’une collection figure parmi les plus mal notés — 32 % pour le premier, 3 % pour le second. De plus, pour 49 % des libraires, les signatures/dédicaces sont les événements qui marchent les moins bien. Trop de conditions non maîtrisées doivent être réunies dans ce cas de figure. 

Surtout que, économiquement, ces temps aménagés ne sont pas forcément plus rentables. Une animation génère en moyenne un chiffre d’affaires de 745 € pour 76 livres vendus. La majorité des ventes est réalisée pendant l’animation (surtout pour les signatures/dédicaces), mais les ventes réalisées en amont sont loin d’être négligeables.

Pire : seul un tiers des libraires considère que sa dernière animation a été rentable — même si pour 51 %, ce fut un succès. L’idée ne serait pas d’augmenter les ventes, mais plutôt de donner une image de la librairie, qui soit dynamique et conviviale. 

Librairie Le comptoir des mots
Comptoir des mots (Paris) - ActuaLitté CC BY SA 2.0

 
De même, une implication, financière des éditeurs, promotionnelle (communication sur les réseaux), de la part des auteurs serait la bienvenue. Supporter les coûts de communication, les heures supplémentaires, etc. : ils sont 46 % à regretter de ne pas être assez soutenus économiquement. 56 % assurent toutefois avoir reçu une aide de la part des diffuseurs/éditeurs, pour le déplacement de l’auteur ou des remises. 

Rémunérer les auteurs : des conséquences immédiates

À ce titre, principal frein des libraires à organiser des animations est surtout la crainte de ne pas pouvoir inviter les auteurs qu’ils aimeraient mettre en avant, d’autant plus que 61 % des libraires déclarent avoir des difficultés à les faire venir.

L’idée de faire payer des animations reste un sujet délicat : seuls 10 % des librairies le proposent — alors que dans le même temps, parler d’argent avec les clients serait problématique. Et si l’on parle d’économie, celle des auteurs sera plus inimaginable encore : pour 75 % des personnes interrogées, la rémunération des auteurs n’est soit pas du tout, soit pas souhaitable.
 
Avec pour conséquence immédiate que 56 % diminueraient le nombre d’animations et 32 % privilégieraient les animations sans auteur. Seuls 24 % envisagent alors de faire payer ces animations — et 18 % opteraient pour des auteurs plus connus. 

Plus d'événements, mais comment ?

Épineux problèmes, donc : autant les librairies ont besoin de faire vivre leurs établissements, avec 24 % qui souhaiteraient en organiser davantage — l’enthousiasme et le plaisir restent plus agréables que les contraintes que cela implique. 

À ce titre, on s’interroge sur les modalités, les cibles que l’on tente de toucher, ou encore le style même des animations. « Je fais venir des comédiens... un orchestre, mais est-ce que c’est encore notre métier de libraire ? Il y a une limite à ne pas dépasser. Si ma librairie doit devenir une salle de spectacle, je dis non », peut-on lire dans les témoignages recueillis. 

Une autre, plus significative encore, interroge : « On est dans une génération Netflix, c’est quoi demain l’animation en littérature ? » Y répondre, c’est déjà trouver une solution… Ne pas y répondre serait en soi une autre réponse : celle de la nécessité de changer de métier.




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