“Renouveau, surprise, questionnement” : le livre, à l'opposé des algorithmes

Nicolas Gary - 27.07.2020

Edition - Economie - avenir livre vente - algorithmes livres lecture


La commercialisation des livres, durant le confinement, aura sensiblement modifié les comportements. La vente en ligne a pris le pas, contrainte, forcée et reconnaissante, sur les librairies. Mais la culture de l’algorithme ne saurait se substituer aux canaux traditionnels, estime Stefano Mauri, fondateur du groupe éditorial italien Gems. 

Leggere può creare indipendenza (Gruppo editoriale Mauri Spagnol) - Frankfurt Buchmesse 2015
 

La Covid aura agi comme un catalyseur, certainement pas un transformateur : privés de librairies, en France comme en Italie, les lecteurs ont vu dans le e-commerce une solution de repli. Stefano Mauri le reconnaît volontiers : « Certes, il y a eu un virage vers le commerce en ligne, parce qu’il se trouvait peu d’alternatives. Une partie des consommateurs, en particulier d’âge moyen, a ainsi expérimenté ce mode d’achat. »

Mais les changements dureront-ils ? Le patron de Gems, qu’il avait fondé avec Luigi Spagnio, estime que certains achèteront sur internet les ouvrages qu’ils avaient pris l’habitude de se procurer en librairie. Et d’autres resteront pour la commodité de ce service, « la sociabilisation réduite a fait retrouver le plaisir de lire ».

Et de pointer que dans différents pays européens, la fin du confinement a rimé avec un rebond des ventes, en regard de l’année 2019. En Italie, les chiffres et les retours semblent contradictoires : d’un côté, les chiffres indiquent une perte de lectorat. Seuls 58 % des Italiens de 15 à 74 ans avaient lu un ouvrage durant le confinement — un recul de 15 %…
 

Concentration, piratage...


Dans le même temps, les libraires assurent avoir retrouvé leurs clients et, selon Mauri, « affiné leurs compétences dans l’utilisation des outils que propose internet. Cela pour fidéliser leurs lecteurs, et développer plus de service de livraison à domicile ». Les commerces vivant du seul flux — aéroports ou centre-ville —, ont en revanche beaucoup souffert.

Pour les éditeurs, le confinement n’a pas entrainé de surconsommation en livres numériques. Et s’il plaide pour sa paroisse, défendant que la distribution dans le Bel paese a perdu de l’argent, au profit des revendeurs, il pointe surtout que la concentration est à l’origine de ce phénomène. 
 
Or, avec le e-commerce, « ce qui devient inquiétant, c’est la forte concentration dans les mains de quelques-uns. Pour le numérique, ce qui fait peur, c’est le piratage ». Tout l’inverse des librairies indépendantes, qui sont tout à la fois rassurantes et sécurisées, en somme. 

Et surtout, débarrassée de toute forme d’intrusion, liée à la publicité et aux algorithmes. « N’importe qui peut le constater : il suffit d’acheter un objet sur internet et vous êtes alors harcelé par la publicité pour ce même type d’objet, que vous venez d’acheter. »

Tout le contraire de la relation à la culture, et au livre par extension, « faite de renouveau, de surprise et de questionnement ».


via Linkiesta

photo : ActuaLitté, CC BY SA 2.0


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