Réouverture de l'Ecole de traduction littéraire du CNL

Claire Darfeuille - 15.01.2015

Edition - International - Traduction littéraire - ETL-CNL - André Markowicz


L'ETL a accueilli sa seconde promotion de traducteurs samedi 13 janvier. Cette première séance, marquée par les attentats de la semaine dernière, a débuté avec le rappel du danger aussi encouru par les traducteurs, principaux médiateurs de la circulation des idées et serviteurs de la vérité.

 

Intervention inaugurale d'André Markowicz à l'Ecole de Traduction Littéraire du CNL samedi 13 janvier

 

 

« Je ne peux ouvrir cette nouvelle session de l'ETL sans évoquer la vague d'attaques contre la pensée, la vie des idées et contre ceux qui les portent », a déclaré avec émotion le directeur de l'ETL qui accueillait samedi 10 janvier au CNL la seconde promotion de 16 traducteurs professionnels, exerçant dans douze langues.

 

Olivier Mannoni a ensuite ravivé le souvenir du traducteur de Salman Rushdie qui avait payé de sa vie son travail de médiateur : Hitoshi Igarashi, le traducteur japonais des Versets sataniques, avait été poignardé mortellement le 11 juillet 1991, une semaine après le traducteur italien, Ettore Capriolo, lequel a survécu à ses blessures. Tous deux avaient compté parmi les premières victimes de la fatwa lancée en 1989 par l'ayatollah Khomeiny contre l'auteur des Versets sataniques et tous ceux impliqués dans leur diffusion.

 

Le traducteur, responsable de la diffusion de la pensée

 

Olivier Mannoni a illustré son propos par la lecture d'un extrait tiré d'un ouvrage des Presses de l'université de Laval où est évoqué le rôle des traducteurs, « artisans de l'universel » et « importateurs de problématiques ». Ce texte intitulé La mutation du livre et de l'édition dans le monde (sous la direction de Jacques Michon et Jean-Yves Mollier) mentionne notamment l'exécution de Tyndale en 1536 pour sa traduction de la Bible et énonce que « comme tous les autres médiateurs évoqués, mais peut-être davantage qu'eux, les traducteurs portent la responsabilité de la diffusion de la pensée, dans la mesure où ils peuvent promouvoir une interprétation plutôt qu'une autre, voire trahir, déformer, volontairement ou non, les idées de l'auteur qu'ils sont censés servir ».

 

Après cette évocation de la responsabilité qui incombe aux traducteurs, le directeur de l'ETL est revenu à la présentation du fonctionnement de l'école et à ses dernières évolutions. Toujours hébergée dans les locaux du CNL, l'ETL est dorénavant placée sous l'égide conjointe du CLN et de l'Asfored qui en assure le suivi administratif. 

 

Aïda Diab, sa directrice, a resitué ce partenariat tripartite dans l'histoire de l'Asfored, centre de formation de l'édition fondé il y a 42 ans pour répondre aux besoins en formation professionnelle de la branche, qui jusqu'à ce jour ne proposait rien aux traducteurs… Aussi s'est-elle réjouie d'accueillir ce « modèle d'école unique au monde », assurant aux traducteurs qu'ils étaient « la colonne vertébrale des maisons d'édition ».

 

La transmission par les pairs

 

Si la structure de l'école évolue pour garantir sa pérennité, son principe de fonctionnement demeure le même. Pendant deux ans, à raison de deux samedis par mois, les 16 traducteurs, recrutés sur dossier de candidature, participeront à des ateliers multilingues animés par des traducteurs chevronnés qui viendront partager leur savoir-faire et le fruit de leur réflexion sur le métier.

 

André Markowicz qui a mené tambour battant l'atelier inaugural de l'après-midi sera ainsi suivi de Rosie Pinhas-Delpuech, Michel Volkovitch ou encore Patrick Maurus. Enfin, comme pour la première promotion, des professionnels de toute la branche du livre – éditeur, correcteur, chef de fabrication — interviendront également durant ce cursus visant tout autant à la qualité des traductions qu'à préparer les traducteurs aux (dures) réalités du métier.