« Répondre à la barbarie par des livres, c’est très français »

Julie Torterolo - 23.11.2015

Edition - Société - Attentats - livres - Paris est une fête


En janvier, le Traité sur la tolérance de Voltaire, en novembre, Paris est une fête d’Ernest Hemingway : après les attentats qui ont touché la capitale en 2015, chacun de ses deux livres a en effet connu un regain de popularité. Entre hommage, symbole ou refuge, se tourner vers la littérature face au drame serait alors une démarche « très française ». 

 

La tour Eiffel illuminée en bleu blanc rouge - Fluctuat nec Mergitur - Liberté, égalité, fraternité

(Yann Caradec,CC BY-SA 2.0)

 

 

Interrogé par l’AFP sur ce phénomène, le journaliste et écrivain Pierre Assouline, membre de l’académie Goncourt explique son point de vue : « Répondre à la barbarie par des livres, c’est très français. Ça nous rappelle que la France est une nation de tradition littéraire». Pour lui, « notre rapport au livre s’inscrit dans ce qu’on appelle l’exception culturelle française. »

 

Mais pour l’intellectuel, Paris est une fête, traduit par Maurice Edgar Coindreau, et l’essai de Voltaire n’ont pas eu exactement la même signification pour les Français. Pour le premier, « moins que le récit lui-même, c’est sans doute le titre du roman d'Hemingway qui est symbolique ». Alors que pour le Traité sur la tolérance de Voltaire, c’est « son contenu politique et moral, qui était la réponse aux attentats de janvier », souligne Pierre Assouline. 

 

L’auteur et traducteur Claro notait d’ailleurs que le titre avait joui d’une traduction plutôt favorable. « Bien sûr, le titre français y est pour quelque chose, car en anglais, le livre s’intitule A moveable Feast, autrement dit “une fête mobile”, par opposition aux “fêtes fixes”. [...]  Preuve s’il en est que les traducteurs sont des gens profondément optimistes. »

 

Depuis ce 13 novembre dernier, date à laquelle Paris a été touché par des attentats revendiqués par Daesh, Paris est une fête est en effet déposé devant les différents endroits touchés. L’ouvrage fut également brandi, en symbole, pendant la minute de silence, hommage aux victimes.

 

Pour les Français, le titre semble ainsi permettre à lui seul de rappeler le style de vie français, à l’antipode des valeurs revendiquées par les jihadistes. On voit d’ailleurs le hashtag #Parisestunefête se développer sur les réseaux sociaux, davantage pour les termes que pour le fond du livre.

 

 

 


En janvier, après les tueries de Charlie Hebdo, le Traité sur la Tolérance avait connu une hausse de ventes. Les éditions Folio avaient annoncé une réimpression de 10 000 exemplaires. Pour Bertrand Mirande, responsable éditorial de la collection folio 2 euros et éditeur du Traité sur la tolérance : « Le livre nous relie à notre histoire, notre passé, à notre civilisation et nous permet d’opposer la culture à l’obscurantisme, la culture à la barbarie ». 

 

Dans le même temps, la maison numérique UPblisher avait mis en avant un ouvrage numérique réunissant le Traité sur la tolérance (1763) de Voltaire et la Lettre sur la tolérance (1689) du philosophe anglais John Locke. Un mois après sa publication, près de 6 000 ebooks étaient téléchargés. « Les téléchargements ont continué, nous en sommes à plus de 12 000 exemplaires à ce jour », assure aujourd'hui l'éditeur à ActuaLitté.

 

"Des armes de papiers et pas des Kalachnikovs"

 

 

 

Ce jeudi 26 novembre, La Grande Librairie présentée par François Busnel s’interrogeait à son tour, sur ce phénomène : « La lecture peut-elle être une thérapie, peut-elle nous permettre d’appréhender ce qui s’est passé ? » a tenté de répondre l’émission de France 5, à peine six jours après les attentats. 

 

Sigolène Vinson, chroniqueuse judiciaire rescapée de l’attaque de Charlie Hedbo explique avoir relu Moby Dick de Herman Melville. « Après le mois de janvier, j’ai voulu relier les événements à des lectures passées », a-t-elle expliqué. Ce choix alors « parce que c’était un grand livre, que j’avais besoin de quelque chose qui me dépasse, parce que j’étais dépassée par tout ».


Antoine Leiris, journaliste qui a perdu son épouse au Bataclan, partage sa démarche. Il a d’ailleurs écrit un billet baptisé Vous n’aurez pas ma haine, qui a été partagé partout dans le monde sur les réseaux sociaux et la presse. Pour lui, il faut « continuer à lire, à réfléchir, à penser le monde ».

 

Des valeurs qu’il explique vouloir transmettre à son fils de 17 mois, pour l'aider « à garder les yeux ouverts sur la culture, les livres. J’espère lui donner les armes pour qu’il se tienne debout. Mais des armes de papier, de pinceaux, de notes de musique et pas des Kalachnikovs ».


Pour approfondir

Editeur : Livre de poche
Genre : littérature...
Total pages :
Traducteur : maurice edgar coindreau
ISBN :

Paris Est Une Fete

de Hemingway Ernest

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