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Résolu vs Greenpeace : la justice américaine donne raison à l'ONG

Antoine Oury - 17.10.2017

Edition - International - Résolu Greenpeace - Greenpeace procès - Greenpeace papetier


En mai 2016, l'exploitant forestier Résolu, qui opère notamment dans la forêt boréale canadienne, attaquait en justice l'ONG Greenpeace, mais aussi Stand.Earth et des militants pour réclamer 300 millions $ de dommages et intérêts suite aux actions menées contre l'exploitation de la forêt, jugée abusive et dangereuse pour l'écosystème par les ONG. La justice américaine, par la cour fédérale du district nord de la Californie, a rejeté les demandes de Produits Forestiers Résolu.


Forêt boréale
(Jean-François Renaud, CC BY-ND 2.0)
 
 

L'exploitant Produits forestiers Résolu démentait des « accusations malveillantes et diffamatoires » portées par Greenpeace contre son activité dans la forêt boréale canadienne, assurant que, « [d]epuis des années, Greenpeace tente d’intimider Résolu et ses clients et d’exercer des pressions sur eux en faisant des déclarations fausses ou trompeuses et en commettant d’autres comportements illégaux. C’est loin d’être la voie que nous empruntons », comme nous l'expliquait Karl Blackburn, porte-parole de la société.

 

Greenpeace, de son côté, accusait l'exploitant forestier de malmener la liberté d'expression en lançant des « poursuites-bâillons » dont le seul objectif était de faire taire les opposants et les organisations non gouvernementales. L'une de ces plaintes, déposée aux États-Unis en 2016, réclamait 300 millions $ de dommages et intérêts.

 

Greenpeace avait lancé une campagne pour alerter les clients de Produits forestiers Résolu et les inciter à interpeler l'exploitant. Parmi eux, des éditeurs, comme HarperCollins, Penguin Random House ou Hachette Livre. Ce dernier groupe international avait réagi par la voix de son PDG, Arnaud Nourry qui, dans un courrier adressé à son homologue de Résolu, s'inquiétait de la situation.

 

 « Il va sans dire que nous respectons tout autant la loi et le droit de chacun de faire appel à la justice s’il s'estime lésé, mais je me demande s’il n’y aurait pas d'autres moyens de répondre aux reproches de Greenpeace », soulignait alors le PDG de Hachette Livre.

 

Contre Résolu, Hachette soutient Greenpeace : “Il y a de quoi troubler des éditeurs”

 

Dans sa décision rendue le 16 octobre, la cour fédérale du district nord de la Californie estime que les « discours des défendeurs sont l’expression d’une opinion ou de différents points de vue qui constituent un élément essentiel de notre démocratie » et que « les publications de Greenpeace se basent sur des faits ou des données scientifiques », avant de conclure que « le tribunal n’est pas l’endroit approprié pour résoudre les désaccords scientifiques de ce genre ».

 

« Nous sommes satisfaits de la décision de la cour qui a rejeté sans appel cette tentative d’atteinte à la liberté d’expression. Accuser des organisations pacifistes d’être des entreprises criminelles est non seulement absurde, mais aussi dangereux pour la démocratie », s'est félicité Tom Wetterer, avocat de Greenpeace USA.

 

Le groupe Produits forestiers Résolu est engagé dans une autre procédure judiciaire avec Greenpeace, au Canada cette fois, et l'exploitant réclame cette fois 7 millions $ canadiens. L'affaire est toujours en cours, mais Clément Sénéchal, chargé de campagne Forêts de Greenpeace France, estime que « [l]e temps est venu pour Résolu d’abandonner toutes ses poursuites contre Greenpeace et de développer des solutions d’exploitation qui soient respectueuses des droits des communautés autochtones et qui garantissent la survie des espèces menacées comme le caribou ».

 

Nous avons sollicité le groupe Produits forestiers Résolu pour des commentaires de leur part.