Respecter la date de mise en vente des livres, enjeu de la sanité pour le marché

Clément Solym - 29.11.2017

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Le respect des dates de mise en vente figure parmi les combats que mène le Syndicat de la librairie française, pour que soit respectée une saine concurrence. En effet, lorsque l’artillerie des best-sellers débarque en librairie, l’établissement (enseigne, chaîne ou indépendant) qui ne respecterait pas la date de vente prendrait l’ascendant. Et le chiffre d’affaires qui va avec.

 

Librairie Mollat Bordeaux
photo d'illustration - ActuaLitté CC BY SA 2.0
 

 

Matthieu de Montchalin, ex-président du SLF, l’avait assuré à ActuaLitté, en marge des Rencontres nationales de la librairie. Si le Syndicat condamne cette pratique, il sait également qu’elle se retrouve chez les indépendants : « Ils sont relativement peu importants, mais peuvent parfois s’avérer voyants, nous en avons conscience », assurait-il.

 

Des discussions étaient instaurées avec le Syndicat national de l’édition, pour que la pratique soit introduite dans les conditions générales de vente. Et que des sanctions puissent être mises en place, venant de l’éditeur, contre un revendeur pris en flagrant délit.

 

« Les indépendants n’ont aucun intérêt à ce que cette règle de la mise en vente tombe : si jamais elle était abandonnée, un certain nombre de grands acteurs auraient d’un seul coup un avantage sur nous. Je pense aux plus petites librairies : elles ont besoin de pouvoir lutter à armes égales avec les plus grands groupes. Si tout le monde fait en fonction de la date de réception, ces librairies auront obligatoirement deux ou trois jours de décalage. Leur situation économique est plus complexe que celle d’une grande librairie et quelqu’un sera toujours plus rapide qu’eux », poursuivait Matthieu de Montchalin. 

 

Mais le problème devait aussi être pris en compte par le diffuseur – l’exemple d’Harry Potter, chez Gallimard, montrait que ce type de solution était possible. 

 

Or, le SNE vient tout juste de tirer une oreille bien anonyme, ayant été alerté de ce que certains détaillants ne respectaient justement pas les dates de mises en vente fixées par les éditeurs.

 

« Cette pratique pourrait engendrer un afflux de lecteurs chez ces détaillants, au détriment de ceux qui offrent un accès aux ouvrages dans les conditions conformes à la volonté de l’éditeur. C’est le cas notamment pour des ouvrages à fort tirage, dont la sortie est particulièrement médiatisée », relève le SNE. 

 

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Et de recommander à ses adhérents d’exercer « une vigilance renforcée sur ces pratiques et rappelle que les éditeurs ont la faculté d’inscrire le respect des dates de mise en vente dans les conditions générales de vente négociées avec les acteurs concernés de la chaîne du livre (diffuseur ou détaillant) ».

 

Intervention qui n’engage à rien, mais montre que le SNE a au moins entendu les demandes de son homologue libraire. Dans un édito de mai dernier, ActuaLitté faisait d’ailleurs un point sur cette pratique, rappelant que les quelques euros gagnés par un revendeur indiscipliné pouvaient avoir de plus graves conséquences. (voir Librairie indépendante ne signifie pas irréprochable, et Amazon le sait)

 

Bien sûr, l’espace manque dans les librairies, et recevoir une centaine d’exemplaires d’un livre attendu... la tentation est grande que de commercialiser pour faire un peu de place. [...]
Imagine-t-on une seconde qu’Amazon se lance dans la collecte d’informations, monte un dossier et se rende devant l’autorité de la concurrence pour dénoncer, comble du comble, ces indépendants qui ne respectent pas les usages ?


La loi Lang donne les mêmes chances à tous, d’un point de vue tarifaire, le respect de la date de mise en vente est une autre garantie de la sanité du marché. En attendant que le point soit réglé par un accord interprofessionnel, ces ventes anticipées et les revenus qu’elles génèrent ne font qu’apporter de l’eau au moulin de l’entreprise américaine...