Restrictions de l'accès à la lecture en prisons, l'Ecosse grogne

Julien Helmlinger - 07.04.2014

Edition - International - Ecosse - Prison - Censure


Les restrictions appliquées à l'envoi de colis destinés aux prisonniers britanniques, dernièrement introduites par le Secrétaire d'État à la Justice, Chris Grayling, mobilisent les écrivains en faveur de l'accès à la lecture. La mesure présentée par le gouvernement se destinerait à instaurer un système méritocratique, au bénéfice des seuls détenus faisant preuve de bonne conduite aux yeux de l'administration pénitentiaire, et limiter l'accès aux marchandises illicites. Dernières protestations en date, les écrivains Irwine Welsh et Jackie Kay ont critiqué le Scottish Prison Service et une politique qui nuit selon eux à la disponibilité des ouvrages en prison.

 

 

CC by sa 2.0 par mikecogh

 

 

La vague de critiques apparue au sud de la frontière s'est également propagée en Écosse, où la poétesse et romancière Jackie Kay pointe des restrictions choquantes. Le Scottish Prison Service stipule notamment que ses détenus ne peuvent se faire envoyer de colis en cellule à moins que le contenu n'ait été acheté auprès d'un fournisseur préalablement approuvé, comme Amazon ou Waterstones, et qui serait l'expéditeur du colis. Seulement, comme le dénoncent les critiques, les prisonniers et leur famille n'auraient pas forcément à disposition l'argent ou une carte de crédit nécessaires pour commander en ligne, et l'accès à la lecture s'en trouverait menacé.

 

Le mois dernier, divers écrivains, au rang desquels Salman Rushdie et Jeffrey Archer, ont signé une pétition visant à dénoncer la mesure introduite par Chris Graylin. Geoffrey Robertson, responsable des Droits de l'Homme pour le Parlement britannique, pointait le fait que cette privation de liberté irait à l'encontre du droit à l'information, en plus d'être contre-productive. Car comme le souligne Jackie Kay, « la lecture vous éduque et l'éducation peut vous tirer de l'obscurité vers la lumière », en conséquence de quoi il serait préjudiciable de ne pas favoriser l'accès aux livres derrière les barreaux.

 

L'auteur de Trainspotting, Irvine Welsh, dénonce quant à lui des « nounous bureaucrates » qui auraient le pouvoir de décision sur les lectures d'autrui. « Qui doit décider de ce que les gens lisent ? Cela devrait être les individus eux-mêmes. »

 

Des restrictions s'ajoutant aux lacunes ?

 

Si l'administration pénitentiaire écossaise invoque pour sa défense de possibles failles de sécurité dans le contrôle des correspondances des détenus, le coordinateur national de l'organe Positive Prison Positive Futures, Pete White estime quant à lui que la mesure restrictive est disproportionnée. Il estime que le manque d'accès à la lecture pour les détenus reste davantage préoccupant.

 

Comme l'explique Lisa Mackenzie, porte-parole de l'organe caritatif Howard League Scotland, les inquiétudes concernant la lecture en prison sont multiples. De nombreuses bibliothèques seraient mal stockées, ou n'offriraient qu'un accès restreint à leur public, notamment dû aux horaires d'ouverture. Selon elle, la lecture en prison pourrait cependant représenter une véritable « bouée de sauvetage » pour certains détenus. Elle leur permettrait d'entretenir « des liens vitaux avec l'extérieur ».

 

Du côté du Scottish Prison Service, un porte-parole soutient que « l'administration pénitentiaire écossaise encourage activement les personnes en notre garde à s'engager dans la lecture en organisant divers événements, y compris des visites d'auteurs, des festivals littéraires et des activités créatives en partenariat avec nos fournisseurs éducatifs ». 

 

Selon la voix de l'administration, les solutions seraient variées pour les détenus qui voudraient accéder à la lecture, et le personnel « plus qu'heureux d'essayer de trouver un livre spécifique si celui-ci n'est pas immédiatement disponible, sans frais, avec l'aide des bibliothèques de la communauté ».