Résultats en hausse pour Elsevier, mais de nouveaux boycotts d'universités en vue

Antoine Oury - 27.07.2017

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L'éditeur scientifique Elsevier vient de boucler une bonne première moitié d'année 2017, avec des bénéfices en hausse de 11 %. Mais les universités et une partie de la communauté des chercheurs dénoncent une nouvelle fois des tarifs jugés abusifs : en Allemagne, 60 institutions scientifiques n'ont pas renouvelé les abonnements arrivés à expiration fin 2016, et menacent de ne pas changer la situation en 2018 si aucun accord préférentiel n'est proposé par Elsevier.


Frankfurt Book Fair - Elsevier
(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)
 

Cela devient une habitude pour l'éditeur scientifique Elsevier : régulièrement, des universités se regroupent pour réclamer à ce géant de l'édition de meilleurs tarifs pour les abonnements qu'il vend aux revues scientifiques où sont publiés les articles des chercheurs. Cette fois, c'est en Allemagne que la fronde se fait entendre, avec 60 institutions scientifiques engagées dans un bras de fer avec Elsevier.

 

Les reproches sont connus : « Le souci principal, c'est qu'une grande partie des études scientifiques est financée par de l'argent public, l'écriture et le contrôle des publications sont assurés par des pairs scientifiques [et] l'achat des journaux scientifiques est aussi réglé par de l'argent public », résume Christian Thomsen, président de l'université technique de Berlin. Qui plus est, un chercheur qui souhaite faire paraître un article dans une revue scientifique doit payer un droit d'entrée qui peut être conséquent, selon la réputation de la revue.

 

En somme, le système de la publication scientifique semble un peu trop onéreux à nombre de chercheurs, surtout quand les gouvernements serrent la vis budgétaire. « Personne ne veut voir Elsevier disparaître — l'éditeur doit être payé justement pour ses services. Sauf que leurs services, on ne sait plus vraiment ce qu'ils sont », égratigne Ursula Flitner, directrice de la bibliothèque de l'université de médecine Charité-Berlin, auprès de The Scientist.

 

L'éditeur se défend, en effet, en mettant en avant les enrichissements techniques qu'il apporterait à travers les différentes plateformes qu'il a mises en place. Sauf que l'argument peine à convaincre les bibliothèques et institutions de recherche, qui considèrent que les études financées par de l'argent public devraient voir leurs résultats librement accessibles.
 

Des conflits récurrents, sans solution en vue

 

L'édition scientifique — et même l'édition tout court — résiste vaille que vaille aux propositions, et multiplie les opérations de lobbying pour freiner les volontés politiques qui vont dans le sens des chercheurs qui souhaitent faire tomber ce qu'ils considèrent comme de mauvaises habitudes. En France, le Syndicat national de l'édition avait vigoureusement protesté face au projet de loi d'Axelle Lemaire, et s'apprête à faire de même au niveau européen, avec une ministre de la Culture sûrement plus sensible à leurs revendications.

 

Retour en Allemagne, où le Projet DEAL rassemble désormais une soixantaine d'institutions scientifiques qui souhaitent faire pression sur Elsevier et deux autres éditeurs scientifiques, Springer Nature et Wiley. À eux trois, ils pèsent pour 50 à 60 % des dépenses des bibliothèques universitaires, avec des tarifs qui seraient en hausse de 5 % par an.

 

Elsevier ne cède pas, pour le moment, et explique avoir fait des propositions constructives au Projet DEAL, même si celui-ci ne semble pas satisfait. Le groupe met par ailleurs en avant ses solutions de publication en open access, qui assurent un accès plus rapide ou direct aux publications, mais les prix pour publier son article sous ces conditions oscilleraient entre 500 et 5 000 $...

 

Si aucun accord n'est obtenu d'ici la fin de l'année, les institutions scientifiques réunies dans le Projet DEAL ne renouvelleront pas leurs abonnements, tandis que certains chercheurs ont entamé une grève des contrôles de publications.


Le site Sci-Hub condamné à payer 15 millions $
pour atteinte au droit d'auteur

 

En attendant, comme pour donner du grain à moudre aux détracteurs d'Elsevier, le chiffre d'affaires de la maison-mère RELX vient d'augmenter de 4 %, pour atteindre 4,313 milliards € pour la première moitié de 2017, avec des bénéfices attendus de 1,1 milliard €.