Résurrection : Jésus touchera-t-il des droits d'auteur sur la Bible ?

Antoine Oury - 19.05.2014

Edition - Société - copyright - droit d'auteur - Jésus


On ne badine pas avec les droits d'auteurs, même pour une cause divine : la New Christian Endeavour Academy se croyait légitime en postant l'intégralité d'un texte en accès libre, sous prétexte que celui-ci avait été dicté par Jésus à l'auteure. Une révélation textuelle qui reste protégée par le droit d'auteur, vient de rappeler un tribunal allemand.

 

 

And the Word is Good

(Jeffrey, CC BY-ND 2.0)

 

 

En 1975 paraît A Course in Miracles, un manuel sans auteur précis mis en avant. Et pour cause : c'est Jésus lui-même qui aurait écrit cet ouvrage, destiné à guider le lecteur vers la présence et l'amour de Dieu. Évidemment, le livre a bien été rédigé, plus précisément par Helen Schucman, une psychologue, avec l'aide de son collègue William Thetford.

 

Schucman avait souhaité que les noms des auteurs ne soient pas mentionnés sur la couverture, et que son identité reste secrète jusqu'à sa mort. Elle assurait avoir simplement transcrit les dires d'une voix intérieure, qu'elle identifiait sans détour comme celle de Jésus Christ lui-même.

 

La New Christian Endeavour Academy, une association ésotérique, a donc jugé qu'elle pouvait rendre le livre totalement accessible sur son site Web, étant donné qu'il était la parole du Christ, qui s'adresse à tous. Toutefois, la Foundation for Inner Peace, organisation américaine, a attaqué l'Académie pour infraction du copyright, étant donné qu'elle est détentrice des droits sur le livre depuis la mort de Helen Schucman, en 1981.

 

L'Academie a bien tenté de faire valoir le fait que Schucman ne souhaitait pas être considérée comme auteure du texte, et que celui-ci tombait du coup dans le domaine public. Par ailleurs, ajoutait-elle, « pour beaucoup, il ne fait aucun doute que Jésus de Nazareth est l'auteur de ce livre, et que les lois du copyright ne s'appliquent donc pas à son travail ».

 

Pour beaucoup, mais pas pour la Haute Cour régionale de Francfort, qui a jugé que Schucman était bien l'auteure du livre : le « processus de création », et le fait même d'écrire, compte avant l'état mental de l'auteur, ont souligné les juges. Comme en France, la propriété intellectuelle protège bien la forme, ici apportée par Schucman, plutôt que les idées, qu'elles soient soufflées par Jésus Christ ou le vent.