Retirer des ouvrages des bibliothèques, plus facile à écrire qu'à faire

Antoine Oury - 11.02.2014

Edition - Bibliothèques - bibliothèques - Le Salon Beige - Printemps français


La situation avait quelque chose d'inquiétant : depuis plusieurs semaines, le blog Le Salon Beige établit la liste des établissements qui proposent des livres jeunesse abordant la question des rapports homme-femme, de la sexualité et de l'identité intime. Et invite ses visiteurs à contacter les bibliothèques pour en demander le retrait.

 

 

how can this book be so long

(romana klee, CC BY-SA 2.0)

 

 

Entre les politiques et les groupes extrémistes, les conseils de lecture pleuvent. Les bibliothèques des différentes communes citées, de Neuilly-sur-Seine à Quimperlé, en passant par Riom, Clermont-Ferrand, Viroflay, Boulogne-Billancourt ou Vertou renvoient généralement les appels vers la municipalité, lesquelles, période électorale oblige, rechignent à s'exprimer clairement sur la question du retrait possible des ouvrages.

 

Hier, seul le maire de Saint-Germain-en-Laye avait clairement renvoyé le blog Le Salon Beige à ses meubles poussiéreux : « Toutes les bibliothèques ont pour vocation de promouvoir la création contemporaine dans une pluralité des approches et sans aucun parti-pris. Il suffit de lire les livres que vous citez, comme nombre de nos usagers l'on déjà fait, si l'on en croit les statistiques de prêt, pour se rendre compte qu'ils ne prônent aucune "théorie" mais vont simplement à l'encontre des stéréotypes et des préjugés, ce pour quoi ils ne sauraient être condamnés. »

 

La grande question résidait dans le fait de savoir si oui ou non, une forte quantité d'appels aurait pu aboutir au retrait des ouvrages jeunesse visés par le blog, et le Printemps français, ceux de la liste établie par le syndicat SNUipp-FSU pour « lutter contre l'homophobie ». Un objectif clairement énoncé pour cette liste, qui fait suite à l'ouverture du mariage pour les couples homosexuels, et à une lutte plus générale contre toutes les formes de discrimination.

 

Hélas, les ouvrages cités sont du même coup devenus les bêtes noires des opposants à une égalité entre hommes et femmes, quelle que soit leur sexualité. 

 

Toutefois, et comme souvent dès lors que l'on aborde ces réactions extrêmes, il apparaît que la mobilisation appelée par Le Salon Beige n'ait pas reçu une réponse si massive que cela, et que l'éclairage médiatique les serve plus que de raison. Gilles Eboli, directeur de la bibliothèque municipale de Lyon, nous indique ainsi, après examen, qu'aucun des 15 établissements du réseau lyonnais n'a reçu d'appel demandant le retrait des ouvrages.

 

Par ailleurs, il explique : « Il n'existe pas de règles ou de procédures pour le retrait des ouvrages, seul le pouvoir du maire ou des équipes de bibliothécaires peut trancher. » Un grand nombre d'appels n'aurait donc que peu de chances d'aboutir sur le retrait des ouvrages, dans la mesure où les bibliothécaires ne s'autocensureraient pas, s'ils ont commandé l'ouvrage. Gilles Eboli précise que l'acquisition et l'organisation des ouvrages dans les bibliothèques sont reliées à une politique documentaire, du seul ressort de l'établissement et de son équipe.

 

De son côté, la ministre de la Culture, Aurélie FIlippetti, s'est indignée des demandes formulées par des « groupuscules extrémistes », déplorant les pressions subies par les établissements publics. Elle assure par ailleurs ne pas accepter « attaques contre les professionnels irréprochables dont les règles d'éthique professionnelle sont d'ailleurs inscrites dans le Manifeste de l'UNESCO sur la bibliothèque publique ».