Retour de Californie : Mitterrand, du livre numérique plein la bouche

Clément Solym - 17.03.2011

Edition - Société - livre - marché - numérique


Fatigué de son voyage en Californie, notre ministre de la Culture ? Alors que l’on aurait attendu de lui un commentaire suite à la descente des cowboys de Bruxelles, venus traquer l’entente illicite - d’après le lobbying à l’origine de la plainte - sur le prix des livres numériques en France, finalement Frédéric Mitterrand a préféré les plages de la Silicon Valley...

Auprès de nos confrères des Échos, Mitterrand s’explique : « J'ai souhaité faire ce voyage, car à un moment, il était devenu difficile d'aborder des questions comme la numérisation, le livre numérique et le piratage sans rencontrer directement les principaux acteurs. » Eh oui, il l’avait dit : impossible de parler d’internet sans aller chez ceux qui font la toile. Et pour le coup, c’est Amazon qui prend : « Je lui ai rappelé à quel point je suis attaché au prix unique du livre numérique, au principe selon lequel l'éditeur fixe le prix du livre. Le livre n'est pas un produit commercial comme les autres. »

Simplement parce qu’Apple et Google semblent plus ouverts sur la question... Mais... n’est-ce pas là la fameuse réaction que l’on pouvait attendre de la rue de Valois ? Et plus encore, la confirmation que c’est bien Amazon qui serait à l’origine de cette plainte, ayant mené à la perquisition chez divers éditeurs français ? (notre actualitté) La suite des propos est éloquente.


« Je suis personnellement assez choqué d'imaginer une grande maison comme Gallimard qui représente un pan historique de la littérature française se voir perquisitionner de la sorte. J'attends maintenant de voir les suites données à cette opération. » Pour les autres maisons, l'inspection devait avoir quelque chose de tout naturel ?

Prisunic, sponsorisé par Well-Bec


Et d’assurer qu’il réagira directement auprès de la CE sur ces questions, en demandant comment celle-ci compte « préserver la diversité et le pluralisme culturel des éditeurs et des libraires à l'heure numérique ». Mais c’est justement là que le bât blesse : il ne revient pas à la CE de justifier de ces choses, mais bien au gouvernement de démontrer leur pertinence. Ce qui, pour le moment, n’a clairement pas été réalisé. D’ailleurs, le camouflet que le gouvernement a pu prendre lorsque le projet de loi Prisunic est revenu des mains des sénateurs le prouve... (notre actualitté)

À ce titre, Mitterrand botte en touche, avec un « mieux vaut une loi que pas de loi du tout ». Un point sur lequel Jack Lang diffère, lui qui s’est montré plus que sceptique, tant sur le fond de la loi telle qu’établie aujourd’hui, que sur la pertinence même d’une législation. « Mon intuition me dit, mais ce n'est que mon intuition, que nous aurions dû prendre un peu plus de temps pour réfléchir au contenu d'un éventuel texte », avait lancé l’ancien ministre de la Culture.

Res-paix (variante sur RIP...)

Autre point discutable : revendiquant une position « régulée, respectueuse des équilibres de toute la filière, éditeurs, libraires, auteurs », Mitterrand se défausse et s’éparpille. Le texte qu’il a fait partir de l’Assemblée nationale n’avait pas vraiment cette vocation, bien au contraire. Et là encore, le retocage par le Sénat montre combien le gouvernement s’est ramassé sur cette histoire.

« Je rappelle également que le prix unique du livre physique est en vigueur dans près de la moitié des pays de l'Union européenne. Renoncer au contrôle du prix par l'éditeur dans l'univers numérique serait désastreux. Il suffit de voir les conséquences d'une politique de prix cassés aux États-Unis : la guerre des prix mène droit à la catastrophe pour la création littéraire et la diversité », ajoute-t-il.

Ha, ha, ha... dopé

Certes, une fois encore, mais le prix unique du livre papier n’est en rien celui du livre numérique. D’ailleurs, l’un des enjeux sous-jacents, dans le texte de loi, est bien de viser l’ebook homothétique, et non les autres formes de livres numériques. Le premier sera vendu par les libraires, et les autres ? Des applications qui passeront par des plateformes (Android, AppStore...), sur lesquelles ces derniers n’auront que leurs mouchoirs pour s’asseoir dessus...

On ne s’étonnera que le reste de la conversation aboutisse à l’Hadopi 3, qui frappera cette fois le streaming, toujours dans la perspective de réprimer, plutôt que d’investir dans la création. « Nous sommes sur le bon chemin, je suis optimiste et je pense que la pédagogie est en train de produire ses effets» Une pédagogie, absolument qui a mené la quasi-totalité des internautes français à découvrir le système de VPN, un outil qui permet de se créer une connexion sécurisée pour échapper plus facilement au radar-dopi...

Voir l’interview dans Les Echos