Retour de Refdoc, mais l'Inist repense l'ensemble de ses missions

Antoine Oury - 23.07.2014

Edition - Justice - Inist Refdoc CNRS - service documentaire - Ingénierie des connaissances


L'année 2013 avait été marquée par quelques intempéries tombées sur l'Institut de l'information scientifique et technique (Inist), au sein du CNRS. Les polémiques liées au droit d'auteur, autour du catalogue de consultation et de vente Refdoc, avaient conduit à la suspension du service. Ce dernier réouvrira ses portes à l'automne prochain, parallèlement à l'arrivée de services repensés et remis en avant.

 

 

INIST - Aile Hermes

INIST - Aile Hermes (Alexandre Prévot, CC BY-NC-SA 2.0)

 

 

Une première phase de réouverture du service Refdoc, suspendu en décembre 2013, a eu lieu en février 2014, avec la remise en ligne de l'interface pour la consultation, sans possibilité de prises de commande. 

 

C'est que l'Inist, originellement une filiale commerciale du CNRS, a totalement revu ses objectifs et missions : le projet Ingénierie des connaissances 2014-2018 a été présenté au directoire du CNRS et validé par celui-ci le 10 juin dernier, se félicite Raymond Bérard, directeur de l'Inist-CNRS. Très clairement, la polémique autour de Refdoc a accéléré la redéfinition des missions : « Le projet fait suite à la crise que traversait l'Inist sur ses missions et son organisation depuis 2010 », explique le directeur général, contacté par ActuaLitté.

 

La vente de travaux universitaires et scientifiques, via des sociétés privées comme Chapitre.com, avait considérablement secoué la perception du service, en tant qu'entité au service de la recherche. Le Centre Français de la Copie (CFC) et l'Inist s'étaient alors autorisés à revendre des travaux scientifiques, sans l'accord des auteurs originaux, dans le cas où ils étaient encore dépositaires de leurs droits.

 

« L'Inist est une unité au service de la communication scientifique, nous arrêtons de servir le privé », souligne d'emblée Raymond Bérard. « Nous avons tenu à assurer la gratuité du service pour toutes les unités du CNRS, quand la desserte des universités se poursuivra selon un modèle payant. » On pourra s'étonner de l'absence de gratuité totale, alors que certains chercheurs appuyaient ce mode de fonctionnement.

 

La gratuité, arlésienne des universités françaises

 

« La mise en place d'un système entièrement gratuit n'a pas pu aboutir, les juristes du CNRS ont souligné les risques de distorsion de concurrence face à des fournisseurs privés », explique Raymond Bérard. Par ailleurs, les universités elles-mêmes n'auraient pas accueilli à bras ouverts cette solution : un grand nombre d'entre elles facturent le prêt entre bibliothèques, autrement dit la fourniture de documents en leur possession à d'autres établissements, mais aussi la mise à disposition de documents à des acteurs privés.

 

À ce titre, le directeur général pointe des « conditions juridiques parfois fragiles » dans les contrats conclus entre le CFC et les universités françaises, dans le cadre de ces échanges de documents : les établissements fournissent en effet leurs collègues, mais également l'Inist, dans le cas où des documents manquent aux collections de l'Institut de l'information scientifique et technique. Or, les contrats passés avec le CFC sont propres à chaque établissement.

 

« Nous allons rencontrer les universités fin septembre, dans l'optique de trouver un accord de réciprocité permettant la gratuité autour de l'échange de documents », précise toutefois Raymond Bérard. Par ailleurs, « le chiffre d'affaires n'est plus la préoccupation de l'Inist », et les tarifs seront élaborés sans recherche de bénéfices pour la filiale du CNRS. Les tarifs du service étaient déjà à 60 % réduits pour les universités, et ce palier sera le minimum pour les nouvelles modalités mises en place. Par ailleurs, la direction de l'Information du CNRS a lancé une étude technico-économique, afin de déterminer quels tarifs seraient suffisants pour assurer la communication des documents.

 

De nouveaux services pour une unité repensée

 

Le catalogue Refdoc n'est pas le seul service proposé par l'Inist. Si les bases Francis et Pascal, consacrées à la littérature scientifique, seront fermées le 31 décembre prochain, les données de recherche sur la terminologie, la numérisation de documents, l'édition numérique ou encore l'ingénierie documentaire seront mises en avant par l'Inist nouvelle mouture. « Un laboratoire pourra se tourner vers l'Inist pour la numérisation de documents, ou la gestion et l'optimisation de ses bases de données », explique Raymond Bérard.

 

L'achat de ressources électroniques, via le consortium Couperin rejoint par le CNRS, fera également partie des prérogatives de l'Inist, qui disposera d'une équipe de négociateurs dédiée. La restructuration des services de l'Inist impactera « 70 collègues, dont les activités s'arrêtent, et qui nécessiteront un repositionnement » : « La grande compétence des personnels de l'Inist reste la capacité à trouver des documents difficiles à identifier, la gestion de la longue traîne », souligne Raymond Bérard.