Retours gratuits, livraison en 1 jour : Amazon crée un outil pour libraires

Nicolas Gary - 23.07.2019

Edition - International - Amazon librairies - vente livres internet - commerce Amazon


L’industrie du livre se divise en Italie autour d’une législation encadrant le prix de vente des livres, et, profitant de la pagaille, Amazon initie un nouveau service. Amazon Business per le Librerie, est un outil « conçu exclusivement pour les revendeurs de livres ». Et l’on ne parle pas d’occasion cette fois.

Paketband Online Handel Amazon Box - Zoom
Christoph ScholzCC BY SA 2.0


La semaine passée, le Parlement italien adoptait en première lecture la loi Carbonaro, avant passage devant le Sénat. Le principe essentiel en est simple : limiter à 5 % le montant de la remise accordée sur le prix de vente. D’autres mesures l’accompagnent, comme la création d’un fonds pour élire la Cité capitale de la lecture, un label pour les libraires, etc.

De 15 à 5 % de remise, un chiffre d'affaires perdu ?

Or, cette législation a créé deux camps : d’un côté l’Association italienne des éditeurs, regroupant les plus gros joueurs, de l’autre, les indépendants, libraires et éditeurs. Pour les premiers, cette loi va affecter directement les familles, avec près de 70 millions € qui « leur seront pris des poches », estimait le président Ricardo Franco Levi. 

Et de poser la question : comment le secteur serait-il soutenu, alors qu’il perdra une partie de son chiffre d’affaires en raison même des restrictions imposées sur le prix de vente ? 

La conclusion est en effet que les Italiens achèteront moins d’ouvrages, en l’absence d’une remise (précédemment de 15 % maximum, désormais envisagée à 5 %). Or, au sein de l’association, nombre de groupes éditoriaux disposent de leur propre chaîne de librairies, qui fonctionnent avant tout sur ces remises. 

Amazon Business per le librerie

C’est donc dans ce contexte qu’Amazon propose son outil pour les libraires — sans distinction d’établissement indépendant ou non. Tout s’articule autour d’un portail permettant de passer commande : Amazon Italia interviendrait alors comme un grossiste. Mais les conditions commerciales qui vont avec ont de quoi convaincre. 

En effet, l’Américain parle d’un catalogue de 800.000 titres disponibles immédiatement (pour 15 millions référencés, impliquant un léger délai), avec des remises d’achat pour le libraire de 35 %, à l’exception du scolaire, limité à 12 %. Mais avant tout, ce sont des retours gratuits, jusqu’à 120 jours, a repéré Il Libraio.

En France, la question du retour des livres invendus — qui est à la charge du libraire, même quand il n’a pas sollicité l’envoi de livres — pesait sur les Rencontres nationales de la Librairie, qui se déroulaient à Marseille. Le président du Syndicat de la Librairie Française, Xavier Moni dénonçait en effet « des taux de retour trop élevés qui agissent en poison pour les trésoreries des libraires et l’économie des éditeurs ». Car le coût du retour devient rapidement significatif pour le libraire, en France, comme en Italie.

Retours gratuits, et autres cajoleries

Cette gratuité, certes limitée dans le temps, que propose Amazon est un argument commercial des plus séduisants. D’autant que la firme, brillant de mille éclats, étale l’ensemble de ses solutions de commercialisation et de livraison. Validation des commandes, limites de dépenses, gestion simplifiée des factures : parée de ces atours, l’offre d’Amazon saura-t-elle séduire les libraires ?

Difficile de ne pas y réfléchir en tout cas : les commandes s’effectuent avec un simple fichier Excel, uploadé sur un site dédié, amazonlibrerie.it, avec livraison gratuite pour plus de 25 € de commandes.  



 
Toute la question sera de vérifier si ce modèle n’est pas un dérivé de la marketplace, contre laquelle la Commission européenne a lancé une procédure d’enquête. Considérant que cette plateforme violerait les règles de la concurrence, l’Europe entend clarifier la situation – et Amazon de promettre une collaboration transparente et étroite. 

Factuellement, cette solution de commerce lancée par le géant de Seattle sera un outil de concurrence supplémentaire — surtout que le service de livraison promet de fournir ses clients dans la journée, y compris le samedi. 

Selon la dernière enquête menée sur les habitudes de ventes, en 2018, 69 % des acheteurs de livres privilégient la librairie. Et si la vente en ligne a progressé, passant de 3,5 % en 2007 à 24 % onze ans plus tard, l’arrivée d’Amazon comme distributeur de livres aura des répercussions directes — certains y voient déjà une forme de dumping, par laquelle le e-commerçant occuperait une nouvelle place sur le marché. 

Avec la perspective plus effrayante encore que cette démarche vise avant tout à collecter de la donnée sur les ventes des libraires, pour mieux répondre au marché et couvrir le territoire. Qui sait ?


mise à jour, le 20 août : 

Contact par ActuaLitté, Amazon nous indique n'avoir pas encore de date de lancement officiel pour ce service, sur le territoire italien, et ne fait, évidemment, aucun commentaire sur un possible déploiement ailleurs en Europe.


Commentaires
Nos amis italiens risquent de pactiser avec le diable. Je sais que pour la très grande majorité des lecteurs, cette question de la distribution du livre vers le point de vente est une chose abstraite. Mais ce que vient de proposer Amazon pour l'Italie est une offensive incroyablement violente pour détruire la chaine du livre existante et cela concerne, croyez moi, le monde entier. Disposant de moyens colossaux (avec dumping à la clé), il vient d'afficher sa volonté d'être l'acteur monopolistique de la distribution du livre. Si Amazon gagne cette bataille, non seulement il supprimera toute concurrence par le prix et le service mais surtout il empêchera l'émergence de qui que ce soit dans ce secteur. C'est un véritable changement de paradigme qui est devant nous. Celui-ci fera des dégâts que nous ne soupçonnons même pas, car l’appétit de ces gens est sans limite.

Xavier Capodano - Libraire (Le Genre urbain)
Redoutable mais tellement prévisible...

Il y a déjà trop longtemps que les métiers du li(v)re auraient dû réagir...
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