Retraduire Pessoa : Le Livre de l'intranquillité devient Livre(s) de l'inquiétude

Nicolas Gary - 22.06.2017

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Depuis la traduction de Françoise Laye, parue en 1988 chez Christian Bourgois, le livre de Fernando Pessoa était entré dans les esprits sous le nom Le livre de l’intranquillité. Les éditions La Différence ont choisi de confier le texte à Marie-Hélène Piwnik, pour une nouvelle traduction. Pour la rentrée littéraire, revisitez un monstre sacré de la littérature...

 


 

Le livre paraîtra le 21 septembre, au cœur de la Grand Messe de la rentrée. Présenté in extremis par Colette Lambrichs devant les libraires, l’ouvrage affiche d’ores et déjà une tout autre couleur. Pour traduire du portugais Livro do Desassossego, Marie-Hélène Piwnik a opté pour un titre qui donne l’ambiance, Livre(s) de l’Inquiétude. Inquiétude, « un nom magnifique, à la fois mot courant et chargé de densité métaphysique », assure l’éditeur.

 

Fernando Pessao, mort en 1935, n’aura jamais connu la publication de ce livre, sorti à titre posthume... en 1982. Pourtant, depuis ce moment, Le Livre de l’intranquillité qui sera traduit et publié chez Christian Bourgois ne connaîtra qu’une vie, à compter de sa parution en 1998. 

 

Avec Teresa Rita Lopes, professeure à l’université nouvelle de Lisbonne, la maison a repris « ce journal au long cours d’une vie spirituelle ». Spécialiste de l’œuvre, qui a passé une grande partie de sa vie à en étudier les manuscrits, elle refonde complètement le texte en donnant à ces trois voix distinctes une saisissante cohérence, qui confère au texte une belle unité dans sa diversité.

Pessoa, lui, n’a pas changé : la richesse du texte reste exceptionnelle. Tout autant que cette chronique des travaux et des jours, à la manière d’un Hésiode, exposée par un homme simple, commun. On dirait à tort banal : on optera pour ordinaire. 
 

C’est une sorte de journal intime que Pessoa tint toute sa vie, pas seulement, comme dans les précédentes éditions, sous le nom du seul Bernardo Soares, modeste employé de bureau à Lisbonne, mais sous la plume de trois auteurs parfaitement différenciés qui se partagent les trois parties de l’œuvre : Vicente Guedes, délégué par Fernando Pessoa pour le représenter, le Baron de Teive, jamais intégré dans le Livre en dépit de la volonté expresse de Pessoa, et Bernardo Soares.

 

Or, loin du livre d’Hésiode, présentant dans un immense poème, le cycle de la vie, des travaux agricoles et des tableaux de la vie agraire, Fernando Pessoa livre ici une description de l’inanité quotidienne. Et pourtant, le chef d’œuvre demeure... 

Outre des fragments non retenus dans l’édition Christian Bourgois, des inédits et déplacements d’attribution figurent dans le nouvel ensemble.
 

Au sein d’une torpeur lucide, lourdement incorporel, je stagne, entre le sommeil et la veille, dans un rêve qui est une ombre de rêve. Mon attention vogue entre deux mondes et perçoit, aveugle, la profondeur d’une mer et la profondeur d’un ciel ; et ces profondeurs s’interpénètrent, se mêlent, et je ne sais ni où je suis ni ce à quoi je rêve. 

Vicente Guedes


Loin, dès lors, d’être un jeu de cartes que chacun peut battre selon son bon plaisir, le Livre(s) de l’Inquiétude ainsi constitué offre une structure interne qui fait de cet ensemble le « livre de la vie » de Pessoa. Le tome 1, de 496 pages, sortira ce 21 septembre.


(à paraître) Livre(s) de l'inquiétude – Fernando Pessoa traduit du portugais par Marie-Hélène Piwnik – Editions de La Différence – 9782729123130 – 30 €

 

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