Retrotopia : le dernier grand livre de Zygmunt Bauman traduit en français

Camille Cado - 26.02.2019

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Zygmunt Bauman, probablement l’un des plus grands noms de la sociologie européenne, s'est éteint le 9 janvier 2017. Son dernier ouvrage Retrotopia avait été publié aux éditions Polity en langue anglaise quelques jours après sa disparition. Son livre posthume arrivera bientôt dans les librairies françaises puisque les éditions Premier Parallèle le publieront le 28 mars prochain, sous la traduction de Frédéric Joly. 


Philosophe et sociologue aussi érudit qu’inclassable, Zygmunt Bauman est né en Pologne en 1925 avant d'avoir vécu l’essentiel de son existence en Grande-Bretagne. Il est mondialement célèbre pour avoir élaboré, à partir des années 1990, une critique aiguë de la modernité.

On lui doit notamment le concept puissant de « la modernité, ou la société liquide », exploré dans La vie liquide, publié chez Hachette (traduction Christophe Rosson). Soit l'idée que nous vivons dans des sociétés dénuées de structures communes solides et caractérisées par la toute-puissance d’un individu-consommateur laissé à lui-même.

Parmi ses ouvrages les plus connus, nous retrouvons La Vie liquide (2006), mais aussi Modernité et Holocauste (2008) (traduit par Paule Guivarc aux éditions Complexe). Juste avant sa mort, Zygmunt Bauman avait aussi contribué au volume collectif L’Âge de la régression (traduit par Frédéric Joly et Jean-Marie Saint-Lu, Premier Parallèle, 2017).

Retrotopia, son dernier livre, peut être considéré comme une sorte de testament – et comme une mise en garde. En effet, avant de disparaître, Bauman avait constaté un refus général de se confronter véritablement aux grands défis de ce début du XXIe siècle. 

La Retrotopia, avançait-il, est l’utopie de notre temps. Cet ouvrage éclaire brillamment les périls auxquels sont confrontées nos sociétés modernes. Sociétés rongées par une « épidémie de nostalgie » et caractérisées par quatre grands mouvements de retour :

Un retour à Hobbes, l’État ayant abandonné son rôle de défenseur et de garant de la sécurité pour organiser plus ou moins sciemment l’insécurité et l’incertitude, promues conditions permanentes de l’humanité. Ce retrait de l’État fait que les individus se voient désormais dans l’obligation d’assumer seuls ce qui était jadis pris en charge par la communauté. La peur inspirée par l’avenir est devenue générale.
 

Un retour aux tribus. Plus que jamais, il y a « eux » et « nous ». Le câble et internet, qui promettaient d’étendre nos mondes, pas de les rétrécir, ont par ailleurs décuplé notre rapidité et notre zèle à nous retirer dans la prison du mimétisme.

Un retour aux inégalités. Alors que les inégalités explosent, ce qui reste de l’État-providence s’attache essentiellement à culpabiliser et prendre en faute les populations qui bénéficient encore – plus pour très longtemps – de ses prestations.

Et enfin un retour à l'utérus. Apeuré, le nouveau Narcisse se soucie surtout de deux choses : d’être un Narcisse efficace et de priver les autres Narcisses de leur efficacité, si pénible et anxiogène pour lui.

« Le défi de la modernité, nous rappelle Bauman, c’est de vivre sans illusion et sans être désillusionné. » Et ce livre y aide puissamment, assure la maison d'édition. 

[à paraître 28/03] Zygmunt Bauman, trad. Frédéric Joly - Retrotopia - Éditions Premier Parallèle - 9791094841822 - 20 €  



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