Révélations morbides sur la dictature militaire au Brésil

Clément Solym - 04.05.2012

Edition - International - Brésil - répression - militaire


Des révélations terribles de Claudio Guerra, ancien commissaire de la dictature brésilienne, lèvent un voile morbide sur la répression entre 1964 et 1985 dans le pays. Cet ancien du DOPS, Departamento de Orden Político y Social, outil de répression politique, raconte la période dans un ouvrage, Memorias de una guerra sucia, rédigé avec les journalistes Rogério Medeiros et Marcelo Netto.

 

Des révélations sur la guerre, les persécutions, et notamment, l'assassinat d'un autre membre de cet organe qui avait refusé d'obéir aux ordres. Mais surtout, le livre raconte comment dix militants de gauche avaient été brûlés dans le four d'un moulin à sucre. Une décision du vice-gouverneur de Rio à l'époque. 

 

C'est qu'il fallait bien faire quelque chose des corps des militants, une fois qu'on les avait éliminés. Que les preuves disparaissent, en somme. « À un moment, durant la guerre contre les opposants au régime, nous avons discuté de ce qu'il fallait faire avec les corps des morts. C'était à la fin de 1973 », explique-t-il dans le livre.

 

Des déclarations qui n'ont pas manqué de révolter les associations civiles, qui exigent des poursuites, devant les tribunaux.

 

Victoria Grabois, présidente de l'ONG Tortura Nunca Mais, pour qui les faits avoués, impliquent l'État brésilien, qui doit agir. Fut-ce pour découvrir la vérité sur ces agissements... « Cet homme raconte les atrocités qui concernent les familles des disparus. »

 

Claudio Guerra ne comptait par parmi les bourreaux ni les tortionnaires ; sa mission était de tuer les militants opposants au régime d'alors, précise-t-elle cependant. 

 

Mais pour Ivan Marx, avocat qui coordonne un groupe de personnes engagées dans la lutte pour la vérité sur la dictature brésilienne, tout l'intérêt du livre réside encore dans « les preuves que l'on pourra en tirer. Si vous ne pouvez faire comparaître des témoins ou des éléments intéressants pour l'enquête », alors difficile de faire avancer la justice.

 

« Pour la loi brésilienne, la confession n'est pas une preuve, mais il est bon que ces gens prennent publiquement la parole. Cela peut aider à trouver de nouvelles preuves », ajoute le procureur Eugenia Gonzaga, justement en charge de l'enquête concernant la période dite. 

 

Aujourd'hui, le Brésil reconnaît officiellement que 400 personnes sont mortes ou ont disparu durant le régime militaire, contre 30.000 en Argentine et plus de 3200 au Chili. 

 

Le livre est publié chez Topbooks.