Revendre sur internet, le pur SAV pour les cadeaux décevants du sapin

Nicolas Gary - 26.12.2014

Edition - Economie - livre occasion vente - cadeaux noël internet - choix plaisir revendre


Pour Noël, ce ne sont plus les marronniers qui reviennent, mais les marrons glacés. Fut un temps, PriceMinister y allait, guilleret, de son communiqué de presse pour rappeler que les ventes de cadeaux sur le net étaient courantes. Mais les livres figuraient toujours en bas du classement des cadeaux revendus. Sauf que cette année, une étude préalable avait affirmé que 41 % des Français voulaient des livres...

 

 

v2.69: May 8th (Broke!)

Tiffany CC BY NC ND 2.0 

 

 

Ça n'a pas raté : fidèle au poste, la filiale de Rakuten a encore diffusé sa traditionnelle étude, dans laquelle on n'apprend, une fois n'est pas coutume, rien. Si, si, on n'apprend rien, puisque depuis des années, le marchand en ligne répète que les livres sont le cadeau que l'on revend le moins facilement. La culture de l'objet et la peur de l'enfer prédominent encore largement sur le monde occidental, pour qui revendre un livre revient à commettre un truc abominable.

 

Pour les hommes, comme pour les femmes (respectivement 10 % et 13 %), le livre ne se revend donc pas. Au grand déplaisir du président de PriceMinister (— Rakuten), lequel rappelle que les tabous s'effritent d'année en année, et que l'« on ne rougit plus à l'idée que l'autre l'apprenne, voire même on n'hésite plus à le lui dire d'emblée ! Un peu comme on le faisait auparavant en utilisant le ticket de caisse joint pour changer l'article s'il ne convenait pas ». Parce qu'auparavant, on avait au moins la politesse, certes hypocrite, mais tout de même, de ne pas se réjouir d'un futur produit à mettre en vente en ligne.

 

Or, 41 % des Français voulaient donc un livre pour Noël, selon une enquête de Deloitte, réalisée voilà plusieurs semaines. Certaines librairies parisiennes nous assurent d'ailleurs avoir réalisé un chiffre d'affaires supérieur à celui de l'année passée, sans parvenir réellement à se l'expliquer. Et que ce soient des établissements généralistes ou spécialisés. Rappelons en parallèle cette étude de la FEVAD, dont on attend les confirmations dans les prochains jours : les biens culturels seraient en diminution pour les achats de Noël, sur internet. Le livre restait moins concerné que le cinéma, la musique et les jeux vidéo, toutefois.

 

Les tops des ventes sortiront prochainement dans les médias empressés de tourner la page Zemmour (souhaitons-le...) et l'on découvrira avec une indifférence proche de la mort cérébrale à quels auteurs ont le mieux profité ces fêtes. 

 

En attendant, les cadeaux seront bien revendus sur internet, et l'on considère dans l'étude TNS Sofres/eBay, que le montant se chiffre en centaines de millions d'euros, 584 millions € précisément. La société considère que 27 % des Français seront déçus de leur cadeau et que 13 % de ceux qui ne voulaient pas ce qu'ils ont reçu le revendront. Or, contrairement aux données de PriceMinister, le livre et la BD (ainsi que les revues...) seront les plus susceptibles d'être revendus. 

 

Alors, la deuxième vie des objets, bien entendu, surtout quand le cadeau tant espéré au pied du sapin se révèle être une anthologie des œuvres d'un auteur que vous n'aviez pas du tout envie de découvrir. Et ce pourrait tout aussi bien être un énième exemplaire de classiques qui ont déjà donné de fulgurants maux de crâne. 

 

Il se murmure depuis quelque temps qu'en France, les auteurs souhaiteraient obtenir une étude sur la réalité du marché d'occasion du livre. On sourit en pensant au rapport qu'attendra au moins jusqu'en mars le CSPLA, sur la revente de biens culturels dématérialisés, mais l'industrie de la vente de livres d'occasion est une véritable machine, bien huilée, dans laquelle les auteurs ne perçoivent rien du tout. Pourtant, il n'y a pas que les vendeurs en ligne qui tirent profit de cette manne : des boutiques bien physiques font une partie de leur commerce sur ces reventes d'occasion. « Si l'État gagne de l'argent, avec la TVA, que le vendeur s'y retrouve, qu'en est-il de l'auteur, qui ne perçoit rien du tout sur certains livres vendus pour neufs, mais en dehors du circuit traditionnel », nous expliquait-on.

 

Et tout cela nous entraînerait bien loin : les services de presse dont bénéficient journalistes et libraires, qui trois ou quatre semaines avant l'office, se retrouvent sur des tables de librairies d'occasion, ou sur internet, par exemple ? Ou encore, dans les livres de comptabilité des éditeurs : qu'en est-il de la reddition de comptes, justement, et du nombre de livres officiellement mis au pilon ? Comment être assuré qu'une partie du stock n'est pas allée chez un soldeur – et que, oups, l'auteur n'a pas perçu un centime sur cette vente...

 

Enfin, nous nous éloignons de la magie de Noël, et de la féerie de la revente de cadeaux indésirables. Quoique...