Revenge Porn : La cour d'appel donne raison au footballeur Samuel Eto'o

Cécile Mazin - 27.02.2016

Edition - Justice - footballeur sportif - procès vie privée


L’ouvrage Revenge Porn, programmé aux éditions du Moment sera bel et bien interdit en France, ainsi que l’a confirmé la cour d’appel de Paris. L’ouvrage, sous-titré « Foot, sexe, argent : le témoignage de l’ex de Samuel Eto’o », signé par Nathalie Koah ne verra donc pas les tables des librairies. Il devait en effet sortir ce 18 février.

Samuel Eto'o
Global Sports Forum, CC BY ND 2.0


Dans une première action au tribunal de grande instance, le footballeur d’origine camerounaise avait demandé que le livre soit interdit. Selon lui, il entrait en violation de sa vie privée. On trouve pourtant la version PDF largement disponible sur la toile. Après un premier jugement en faveur du sportif, la cour d’appel a confirmé le verdict.

Dans Revenge Porn, Nathalie Koah revenait sur ces années de relation commune avec Samuel Eto’o, qui se sont visiblement mal terminées : en juillet 2014, Nathalie Koah avait porté plainte contre le sportif pour « traite de personne, outrage privé à la pudeur, publications obscènes, proxénétisme, menaces sous conditions, chantage et déclarations mensongères ». 

Au cœur de cette plainte, la publication de photos dénudées de la jeune femme, publication attribuée au footballeur par la plaignante, qui aurait déposé des plaintes en France et au Cameroun.

Dans un communiqué, la maison d’édition souhaite se battre pour la parution du livre, et « utiliser toutes les voies de droit pour combattre ce risque de nouvelle censure que l’on voit à l’œuvre, non seulement dans l’édition, mais également dans les œuvres cinématographiques ».

Il semble par ailleurs que l’on puisse déjà accéder à des versions contrefaites sur le continent africain, comme en atteste la presse.

De son côté, le footballeur avait choisi le silence à travers les réseaux sociaux, affirmant : « Si tu vois dans mon silence un manque de respect, il n’en est rien ! Bien au contraire, c’est par respect pour mes fans et autres que j’ai pris la décision de rester calme, et de rester focalisé sur ma famille et mon travail. »

Nathalie Koah a en revanche joué la carte de la médiatisation, pour faire plaider sa cause. Se déclarant « humiliée et trahie », elle est donc déboutée par la justice. Cette dernière a considéré que l’ouvrage était presque entièrement dédié à raconter sa propre vie privée, mais également « également la vie privée, dans sa totale intimité, de M. Eto'o, sans son autorisation ».

Samuel Eto’o a par ailleurs déposé une plainte contre elle en mai 2014 : « Ce que j’ai offert à celle qui tente de salir mon nom aujourd’hui dépasse largement les 200 millions de FCFA (300 000 euros) que je lui réclame aujourd’hui », expliquait-il.

L’avocat des Éditions du Moment, Maître Olivier Pardo, avait déploré « une atteinte à la liberté d’expression », et regrettait « que le tribunal n’accorde pas la même importance au football que les jeunes qui prennent parfois ces sportifs en exemple ». Nous ne sommes pas parvenus à le joindre.

Maître Olivier Pardo et Laurence Dauxin-Nedelec, Cabinet Pardo Sichel & Associés, Avocats des Editions du Moment, ont fait parvenir le communiqué suivant : 

La décision de la Cour d’Appel de Paris confirmant l’interdiction de publication de l’ouvrage de Nathalie Koah constitue un recul majeur de la liberté d’expression et de publication.

Cet ouvrage ancré dans l’actualité traitant des conséquences de la pratique du revenge porn, du comportement de certaines stars du football international, du combat pour la dignité de femmes africaines, n’autorise pas la censure, au vu de la jurisprudence, notamment celle de la Cour Européenne des Droits de l’Homme.

Cet arrêt, au-delà du livre de Madame Koah, risque de remettre en cause toute œuvre autobiographique qui par définition relate les relations que l’auteur a pu avoir avec ceux qui ont partagé sa vie.

Nous sommes décidés aux cotés des Editions du Moment d’utiliser toutes les voies de droit pour combattre ce risque de nouvelle censure que l’on voit à l’œuvre, non seulement dans l’édition, mais également dans les œuvres cinématographiques.