Révolution 9 abuse des caricaturistes pour redorer l'image de Christine Boutin

Antoine Oury - 29.02.2016

Edition - Les maisons - Révolution 9 groupe - Christine Boutin caricatures - auteurs


Le groupe Révolution 9, déjà connu par nos lecteurs pour différentes affaires impliquant des auteurs non payés, fait de nouveau parler de lui, en mal, avec la parution d'un ouvrage signé par Christine Boutin. Les insolences de Christine Boutin, publié dans la collection « Insolences » de la maison Jacques Marie Laffont Éditeur, était censé confronter la femme politique à ses caricatures. Problème : l'éditeur aurait présenté aux auteurs un projet totalement différent, et n'aurait pas honoré ses engagements financiers à leur égard.

 

 

 

L'entreprise de promotion a commencé la semaine dernière, plus exactement le 23 février, au Grand Journal de Maïtena Biraben : Christine Boutin et son éditeur, Jacques-Marie Laffont, étaient invités sur le plateau de l'émission pour évoquer, donc, une Christine Boutin qui « rit d'elle-même ». Dans l'émission de Canal +, l'opposante au mariage pour tous ou au droit à l'avortement a pu mettre en avant son autodérision et ses caricatures préférées.

 

On rira (ou pas), mais d'autres n'ont pas vraiment le sourire : les dessinateurs dont les caricatures illustrent l'ouvrage publié par Jacques-Marie Laffont dénoncent à présent les pratiques peu recommandables de l'éditeur. Catoune, rédactrice et dessinatrice de presse, a ainsi publié sur son site personnel un article intitulé « Comment je me retrouve à faire la couverture du livre politique de Christine Boutin malgré moi… » :
 

 

J’ai été contactée l’été dernier dans un premier temps, puis en automne pour créer des caricatures sur la présidente du Parti Chrétien-Démocrate (PCD).

 

Voici le brief initial que j’ai reçu au début du projet :

 

09/07/2015 collectioninsolence@gmail.com « Le livre que nous souhaitons faire sera intitulé Insolence. Il s’agira d’un recueil de billets d’humeur insolents à propos des politiques en général. Au niveau de la circulation : Insolence sera imprimé entre 1500 et 2000 exemplaires en langue française. La diffusion sera assurée au niveau national, et ce livre se fera uniquement sous format papier. Votre dessin sera reproduit à l’intérieur, à hauteur d’un quart de page (ou éventuellement d’une demie). »

 

J’ai envoyé un premier dessin, que j’avais publié il y a quelques années sur ce blog, et les éditeurs m’ont proposé d’en produire 12 nouveaux pour illustrer l’ouvrage. Fin d’année 2015, ils me proposent de créer la couverture du livre pour la coquette somme de… 100 euros. #Richesse #Allégresse #CompteEnSuisse Je travaille plusieurs semaine sur le projet et finis par leur envoyer mes factures en novembre. Or, je n’ai touché aucune rémunération depuis cette date, malgré mes nombreuses relances.


 

Un autre dessinateur de presse, Nawak, avait lui aussi réagi, avant même la diffusion du Grand Journal avec Christine Boutin : il pensait alors « être seul à ne pas avoir été mis au courant ». Comme il le souligne dans son article, mis à jour aujourd'hui, tous ses collègues ont été bernés de la même façon. Les dessinateurs pensaient être associés à un livre d'humour sur la politique en général, et se retrouvent embarqués dans la campagne de Boutin pour les présidentielles 2017...

 

Ce buzz, même « bad », donne de l’importance à ce qui ne devrait pas en avoir. Et j’ai l’impression de faire partie malgré moi du plan de communication. Je souhaite que cette parenthèse désagréable soit fermée rapidement.

 


Le dessinateur Gil a également réagi sur son site personnel, promettant que « les choses ne vont pas en rester là ». Contactée par Nawak lui-même, Christine Boutin renvoie la faute sur l'éditeur Jacques-Marie Laffont, et explique qu'elle n'était pas au courant. Prise à partie sur le réseau social Twitter, elle a réagi très simplement :

 


 

Nous avons tenté de joindre Jacques-Marie Laffont Éditeur, sans succès.

 

Jacques-Marie Laffont et Christine Boutin

 

 

Le groupe Révolution 9, dont Jacques-Marie Laffont Éditeur fait partie, commence à devenir tristement célèbre pour ses pratiques éditoriales : spécialisée dans le “brand publishing”, la maison et, plus largement, le groupe, fabriquent des ouvrages à la demande de marques ou de personnalités :

 

Aujourd’hui avec 1200 titres personnalisés pour le compte de marques et 4200 titres publiés Hoche Communication/Jacques-Marie Laffont éditeur vous propose des opérations de branding-publishing afin de vous faire connaitre et reconnaitre comme un acteur majeur dans le domaine de compétence mis en valeur par l’ouvrage « partenairisé ».


 

Avec une telle présentation, il ne subsiste plus aucun doute sur la teneur du livre de Christine Boutin. La semaine dernière, ActuaLitté évoquait le cas de Révolution 9 pour les éditions Le Baron Perché, qui font partie du groupe, et les nombreux retards de paiements, pour 15.000 €, dus à 18 auteurs. Comme nous le rappelions alors, le groupe affiche sa bonne santé financière malgré tout : « 36 millions de CA, 28 millions de MB [marge brute], nous avons une exploitation positive. Notre modèle économique fait déjà ses preuves, même si comme toute startup, nous avons rencontré, notamment ces trois derniers mois, des problèmes de trésorerie », expliquait le groupe face aux mises en demeure.

 

Marie Sellier, présidente de la Société des gens de lettres, a réagi à l'affaire, sollicitée par ActuaLitté : « Je ne suis pas étonnée : la saga Jacques-Marie Laffont continue. En ne respectant pas les règles de l'édition, ce monsieur jette le discrédit sur toute la profession. C'est grave. Auteurs et éditeurs doivent s'unir pour dénoncer ces mauvaises pratiques. Non, l'édition n'est pas une zone de non-droit : on informe les auteurs de l'utilisation de leurs œuvres, on leur fait des contrats, et on les paie. C'est le b.a. ba quand on se prétend "editeur" », explique l'auteure et scénariste, qui est elle-même victime des mauvais paiements de Révolution 9.