Révolution culturelle chinoise : cinquantenaire trop silencieux pour Qiu Xialong

Julien Helmlinger - 10.10.2016

Edition - International - Mao Tsé-toung Chine - histoire commémoration - polar Qiu Xialong


Cette année marque le cinquantenaire de la « grande révolution culturelle prolétarienne », lancée en Chine par Mao Tsé-toung en 1966, à renfort de petits livrets rouges, de rééducation ou d’extermination de réfractaires à l’idéologie de son régime. L’écrivain américain d’origine chinoise Qiu Xialong, expatrié aux États-Unis depuis d’autres événements tabous, ceux de la place Tian’anmen en 1989, déplore le silence du gouvernement de son pays natal.

 

Au Salon du livre, CC by SA 2.0 par ActuaLItté

 

 

Les dix romans de sa série de polars qui met en scène l’inspecteur Chen évoquent tous la révolution culturelle comme arrière-plan. Mais ces mentions à l’événement historique seraient coupées dans les versions destinées aux lecteurs chinois. Aucun média ne s’est fait entendre le 16 mai 2016, tandis que les internautes ayant débattu du cinquantenaire auraient été censurés. 

 

Or comme le rapporte l’AFP, pour l’écrivain « ce n’est pas du tout une bonne chose, qu’on ne parle pas de cette révolution ». 

 

Lorsqu’il a adressé à ses amis éditeurs de Shanghai des extraits de Il était une fois l’inspecteur Chen, ses correspondants lui auraient alors répondu « qu’ils avaient des ordres bien spécifiques. Il ne faut pas, cette année, publier des ouvrages faisant allusion à la Révolution culturelle ». Un épisode historique dont l’écrivain a souffert pendant l’enfance. Désormais il croit que le gouvernement chinois sait très bien que cette période fut un « désastre national » ayant causé « des millions de morts ».

 

Mais il fuirait sa responsabilité si bien qu’aujourd’hui « on trouve toujours des portraits de Mao accrochés aux murs ».

 

« De toute façon, les gens n’écouteraient plus. En Chine, on a un proverbe un peu ironique : Regarde devant toi. Ça signifie aussi qu’il faut regarder l’argent, le matérialisme. C’est vraiment devenu une réalité en Chine », regrette encore l’écrivain âgé de 63 ans.

 

Qiu Xialong retourne régulièrement en Chine bien qu’il soit désormais de nationalité américaine. En France il sera le parrain de la huitième édition du Festival Polars du Sud, qui se tiendra à Toulouse du vendredi 14 au dimanche 16 octobre.