Révolution culturelle : Huang Nubo raconte son propre vécu dans un recueil de poèmes

Orianne Vialo - 17.05.2016

Edition - Société - Huang Nubo Luo Ying - Le gène du garde rouge, Souvenirs de la Révolution culturelle - Révolution culturelle Huang Nubo


Huang Nubo homme d’affaires chinois à la tête de la société Zhongkun (spécialisée dans le tourisme et l’immobilier) est réputé pour faire partie des 400 personnalités chinoises les plus riches. Actuellement sa fortune s’élève à 1,3 milliard $. Loin de s’intéresser uniquement au monde des affaires, l’entrepreneur s’est aussi essayé à l’écriture de deux volumes de poèmes sous le pseudonyme de Luo Ying, dans lesquels il décrit son expérience durant la Révolution culturelle lancée par Mao Tsé-toung il y a tout juste 50 ans aujourd’hui. 

 

 

Il fait à peine son entrée dans l’adolescence que Huang Nubo commence déjà à écrire ses premiers poèmes. Lorsque la Révolution culturelle a éclaté, le jeune Huang Nubo a rejoint les rangs de la Garde rouge malgré le fait que son père, ex-colonel dans les rangs communistes durant la guerre civile ne soit étiqueté « contre-révolutionnaire ». 

 

Emprisonné et ne supportant plus sa situation, il s’est suicidé dans sa cellule alors que Huang Nubo n’était âgé que de trois ans. À l’époque, le jeune homme ne réalise pas que l’engrenage dont il fait partie va être destructeur. En effet, la Révolution culturelle a été officiellement qualifiée de grave erreur de Mao, qui a semé le chaos dans le pays et amené une catastrophe pour le Parti, l’État et le peuple entier. Pour l’expliquer, il publiera tout d’abord « Journal d’un jeune envoyé à la campagne », qui est autorisé en Chine.

 

« Nous sommes tous des démons. Moi compris […] La Révolution culturelle a enseigné à ma génération que vous devez vous comporter comme un loup pour survivre. Le gagnant rafle tout : si vous battez quelqu’un, vous êtes un héros, et si vous êtes riches, vous êtes dans le vrai » se désolait-il à l’Université de Pékin où il a fondé un centre de recherches poétiques. 

 

Près de 50 ans après le début de la Révolution culturelle lancée par l’ancien Président le plus réformateur de la République populaire de Chine, Huang Nubo a choisi de dénoncer tout ce dont il a été témoin durant ses années passées au service de l’État. 

 

Pour ce faire, il a repris sa plume et a écrit Le gène du garde rouge, Souvenirs de la Révolution culturelle (2015, éd. Gallimard) qui est interdit dans le pays en raison de la précision de ses récits. Il est question de cadavres éventrés et remplis de briques, de corps de femmes flottants dans une rivière, bâtons plantés dans les vagins, ou d’exécution d’une femme âgée pour s’être trompée dans les paroles d’un chant patriotique. 

 

D’après lui, il est une victime, « un participant et un exécutant » de cette révolte. D’ailleurs, son deuxième volume se termine comme suit : « Pour ceux qui ont connu la Révolution culturelle, il est impossible de distinguer l’homme du démon. » 

 

(via AFP)


Pour approfondir

Editeur : Gallimard
Genre : autobiographies...
Total pages : 240
Traducteur : martine de clercq
ISBN : 9782070147496

Le gène du garde rouge. Souvenirs de la Révolution culturelle

de Ying Luo

"À ce jour, en Chine et dans la diaspora chinoise, ce livre est sans exemple. Autant par ce qu'il dit que par la forme choisie pour le dire. C'est un témoignage violent, éprouvant, qui ne s'attarde pas, mais n'omet aucun détail. C'est une épopée sans apprêt qui déploie ses séquences en rafale, sans se soucier de reprendre souffle, comme s'il s'agissait, à cinquante ans de distance, de ne pas perdre un instant. Car ces Souvenirs de la Révolution culturelle se donnent en urgence et utilisent la scansion poétique afin que les infamies, les meurtres, les tortures, les règlements de compte et les traquenards de la survie restent sur le qui-vive. Excepté les suppliciés, personne ne sort indemne de ce chaos collectif. L'auteur pas plus que quiconque. Il fut à la fois victime et coupable, et l'impact de sa parole tient à cet aveu. Persécuté (le cadavre de son père jeté aux ordures et sa mère à mendier dans les rues), il ne cache rien de son embrigadement progressif, de l'irruption, voire de la révélation, dans sa conscience et dans son corps, de ce terrifiant 'gène du garde rouge' dont il sait qu'il ne se débarrassera jamais tout à fait, quelque remords, volonté ou désir qu'il en ait désormais. Luo Ying signe ici un texte d'une lucidité sans faille, dont la visée manifeste est d'en finir au plus vite avec l'amnésie institutionnalisée de Pékin à Shanghai, de Yinchuan à Hong Kong. Sans illusion cependant, puisqu'il ne peut qu'acquiescer au verdict de Paul Veyne qui, en dernière analyse, affirme que "l'Histoire est méchante"." André Velter.

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