Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Ricardo Franco Levi, le Jack Lang italien, deviendra le président des éditeurs

Clément Solym - 24.05.2017

Edition - International - Ricardo Franco Levi - Associazione italiana editori - loi prix livres Italie


Le Conseil général de l’Associazione Italiana Editori vient d'approuver, ce 24 mai, la candidature à la présidence de l’AIE de Ricardo Franco Levi. Si le nom restera étranger à grand nombre de lecteurs, il suffira de souligner qu’il s’agit du député coauteur de la loi, approuvée le 12 octobre 2007, qui a réformé l’édition italienne.



 

 

Ricardo Franco Levi est donc à l’industrie du livre en Italie, ce que Jack Lang fut en son temps à celle de France. Simplement, la loi Lang relative au prix du livre a été instaurée le 10 août 1981, soit quelque 26 ans avant sa consœur italienne. 

 

C’est avec le soutien de l’ancien président du conseil des ministres, Romano Prodi, que Ricardo Franco Levi produisit cette législation. 
 

Durant le Salon du livre de Turin, les rumeurs allaient bon train : le mandat de Federico Motta ne serait pas reconduit, entendait-on. Mais c’est à une écrasante majorité que Ricardo Franco Levi a été choisi par le Conseil de l'AIE à 29 voix contre 6. 

 

Italie : “L’industrie paye le manque de coordination et d’efficacité de tout le secteur”

 

Sa nomination interviendra le 28 juin prochain, et le candidat prendra alors officiellement ses fonctions avec une série de missions des plus ardues.

 

Non seulement il faudra apaiser les tensions au sein de l’AIE, provoquées largement par le schisme de la manifestation Tempo di Libri – événement littéraire qui se déroulait à Milan, avec l’intention ouverte de cannibaliser le salon turinois. Mai surtout, préparer la deuxième édition de ladite manifestation – vraisemblablement en travaillant à un accord entre les deux salons. 

 

Le Conseil général des éditeurs aura fini par trancher, considérant que la controverse lancée entre Milan et Turin depuis des mois découlait de la politique menée par l’ancien président de l’AIE. C’est omettre, en grande partie, l’influence que les grands groupes – Mondadori ou directement Stefano Mauri, PDG de Gems – ont pu exercer dans la création d’une foire alternative qui se déroulait un mois à peine avant celle de Turin. 

 

Turin et Milan enterrent la hache de guerre (mais comptent les points)

 

Aujourd’hui, Ricardo Franco Levi reste tout de même un fameux alien : s’il a fondé le journal L’indipendente et qu’il collabore au Corriere della Sera, c’est avant tout une figure politique, du Parti démocrate – celui de Matteo Renzi. 

 

La législation qu’il a fait adopter porte cependant non sur la régulation des prix de vente des livres par une fixation découlant de l’éditeur, mais sur les remises qu’un revendeur peut accorder. Une révision est actuellement en cours, avec la volonté politique d'instaurer une remise maximale de 5 % sur le prix de vente, calqué sur le modèle français.
 

Or, plus encore qu’une approche législative, qui serait incomplète, l’ancien président de l’AIE, Federico Motta, avait réclamé un soutien financier de la part de l’État. En novembre 2016, Dario Franceschini avait en effet annoncé la constitution d’un fonds de 400 millions € minimum, qui servirait au financement de l’industrie du cinéma. 

 

« Nous ne demandons pas un montant équivalent, mais la moitié, en regard de ce que représente l’industrie du livre en Itlien. Ce serait la meilleure aide que l’on puisse accorder au secteur », concluait-il lors d’une intervention au Salon de Turin.

Toutefois, aucun doute n’est possible quant à cette élection, nous assure-t-on. « Récemment, Stefano Mauri est intervenu dans la presse, pour accaparer la réussite de Turin, et réaffirmer que ce succès confirmait la nécessité du salon porté par l’AIE », nous précise un éditeur. « S’il a assuré que Levi n’était pas son candidat, on sait cependant qu’une nouvelle figure facilitera la vie du salon. Si Tempo di Libri avait fonctionné, Motta aurait eu plus de chances. »
 

Rassembler l'édition autour de la promotion de la lecture


Reconnaissant que les divisions ne faciliteront pas la tâche, Ricardo Franco Levi rassure toutefois : « Sans doute l’une de mes actions consistera à essayer de ramener l’unité dans le monde du livre. Mais je crois que, dans un pays où, données en main, historiquement, on lit peu, le thème de la lecture devra être essentiel. »

 

Et se tourner vers le ministère de la Culture pour obtenir des fonds ne l’embarrasse pas le moins du monde. « Bien sûr, il n’est pas facile de faire des demandes aux politiques, si l’on ne se met pas ensemble, pour parler d’une seule voix. » 

 

Quant aux manifestations de Turin et de Milan, lui-même était présent pour l’inauguration de chacune. « Du reste, je me suis toujours rendu au Lingotto, qui est une manifestation merveilleuse. Je pense qu’un rapprochement entre les positions de Turin et Milan n’est pas seulement possible, mais surtout souhaitable. L’intérêt commun est celui de la promotion de la lecture. »

 

Et assurément, il y a de la place en Italie pour deux salons « tant qu’ils ne se déroulent pas à trois semaines d’intervalle chacun ». Mais après tout, le succès de Turin pourrait devenir contagieux... (via Il Librario)