Richard Charkin renouvelle le soutien de l'IPA aux éditeurs turcs

Clément Solym - 04.10.2016

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Depuis le coup d’État en Turquie et la vague répressive lancée par le président Recep Tyyip Erdogan, le pays vit sous le régime de la censure totale. La communauté internationale avait condamné les violences du gouvernement, et devant les éditeurs turcs, Richard Charkin, président de l’IPA a réitéré son entier soutien.

 

 

 

Tout avait débuté avec des arrestations en masse, dans tous les secteurs socioprofessionnels. Puis, le 27 juillet, un décret présidentiel ordonnait la fermeture de 29 maisons d’édition, confisquant par là même leurs avoirs. L’Association des éditeurs turcs avait vivement réagi, dénonçant la violation des droits de l’Homme autant que l’attaque portée contre la liberté d’expression. 

 

Depuis, de nombreuses organisations d’auteurs, d’éditeurs, de traducteurs et de libraires au niveau international, ont condamné fermement la tournure que prenaient les événements en Turquie. Dix patrons de groupes éditoriaux rappelaient d’ailleurs au président Erdogan le sens de l’expression liberté d’expression. Hélas, ce dernier ne semble pas avoir reçu le message.

 

En effet, la récente arrestation de l’écrivain turc Murat Özyaşar a jeté à nouveau de l’huile sur le feu. Avant lui, Asli Erdogan, auteure ou encore la traductrice Necmiye Alpay, avaient été emprisonnées dans des conditions particulièrement violentes.

 

Turquie : arrestation de l’auteure Asli Erdogan, « une chasse aux sorcières »

 

 

Intervenant devant un groupe de dirigeants de maisons d’édition turques, Richard Charkin a tenu à rappeler que « la communauté mondiale est prête à soutenir leurs efforts pour surmonter la pression politique croissante en Turquie ». À l’occasion d’un atelier qui se déroulait les 1er et 2 octobre, Charkin déclarait : « Les éditeurs doivent ensemble se dresser pour relever les défis communs du piratage, de la protection du droit d’auteur et assurer une juste fiscalité pour les livres. Et bien sûr, protéger la liberté d’expression. »

 

Les membres de l’IPA, International Publishing Association, continueront de lutter contre « les gouvernements qui pensent pouvoir contrôler les pensées des gens en arrêtant les écrivains, les éditeurs, les libraires, ou en fermant des maisons d’édition et d’autres entreprises médiatiques ». En tant que directeur général de la maison britannique Bloomsbury, Charkin n’a pas manqué de souligner que les 29 éditeurs victimes de Recep Erdogan relèvent de crimes véritables.

 

Ces arrestations, emprisonnements ou fermetures, s’opèrent sous le prétexte de lien avec le terrorisme ou de comportement anti-turc. 

 

 

 

Pourtant, le président de l’IPA a souhaité transmettre un message de solidarité aux éditeurs du pays. Pour le moment, note-t-il, l’industrie reste dynamique parce que les maisons ont su s’adapter au plus haut point. Et cela, « en dépit d’un niveau de pression sans précédent. Mais si le gouvernement poursuit cette logique de persécution contre les personnes ou les organisations dont les idées diffèrent des siennes, alors l’industrie turque – et toutes les industries créatives dans l’ensemble du pays – risque d’être décimée, laissée aux mains de gens qui devraient au contraire les protéger et les soutenir ». 

 

Récemment, le Prix Nobel Orhan Pamuk qui a toujours été en conflit avec le pouvoir turc faisait part de son indignation. « En Turquie, on est en train, petit à petit, d’enfermer dans des cellules toutes les personnes qui se permettent d’exprimer les critiques même les plus minimes sur les actions du gouvernement (...), sur la base de la haine la plus féroce. [...] Désormais, la liberté de la pensée n’existe plus. Nous sommes en train de nous éloigner à toute vitesse d’un État de droit vers un régime de terreur. » (via AFP)

 

 

 

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