Richard Millet : après les 'attaques incessantes', 'j'ai besoin de repos'

Clément Solym - 13.09.2012

Edition - Les maisons - Richard Millet - Gallimard - édition


Exclusif ActuaLitté : L'éditeur de la maison Gallimard, auteur du Petit éloge littéraire qui fait tant de bruit depuis plusieurs semaines est épuisé. Il avait fait paraître une tribune dans l'Express, Pourquoi me tuez-vous, pour tenter d'expliquer, une fois de plus. Mais rien n'y aura fait : clairement, nous explique-t-il, la vague médiatique jetée contre son texte a été plus forte. Il s'explique, brièvement, auprès de ActuaLitté.

 

 

 

 

L'information annoncée par nos confrères de L'Express est confirmée : Richard Millet quitte le comité de lecture des éditions Antoine Gallimard. « Attention, je n'ai pas été licencié. J'ai pris l'initiative de remettre ma démission à Antoine Gallimard, et avec son accord, je quitte donc le comité de lecture », explique-t-il à ActuaLitté, joint par téléphone.

 

Dans sa tribune, il avait pourtant lancé un dernier appel : 

Cette affaire ne serait donc rien si l'on ne déversait sur mon nom toutes sortes d'à-peu-près, d'erreurs et de mensonges, et si l'on ne cherchait à me chasser de la maison d'édition dont je ne suis pourtant qu'un modeste employé. Demander ma tête à Antoine Gallimard, c'était une atteinte à mon intégrité professionnelle, sinon à ma vie personnelle, moi qui ai toujours fait la distinction entre mon activité d'écrivain et celle d'éditeur, au point que je refuse de parler de mes livres et de mes idées avec les auteurs dont j'ai la charge, lesquels ont des parcours, des styles et des idées parfois à l'opposé des miens. C'était oublier, enfin, que la maison Gallimard a d'emblée su exister par une extraordinaire diversité de courants, qui ont mis en regard Gide et Claudel, Drieu la Rochelle et Malraux, Céline et Aragon, Breton et Caillois, Camus et Sartre, pour ne parler que de figures historiques. 

 

« Je vais prendre un peu de champs désormais, allez me reposer. Depuis plusieurs semaines, je suis la cible d'attaques incessantes. C'est épuisant. Et comme cela n'a pas l'air de vouloir se calmer, j'ai décidé de quitter le comité de lecture, pour calmer les esprits. » 

 

« Bien entendu, je conserverai mon poste d'éditeur, mais pour l'heure, j'ai besoin de repos », ajoute-t-il avec une extrême lassitude.

 

Éloge littéraire d'Anders Breivik aura été le livre dont tout le monde a parlé en cette rentrée. Une vingtaine de pages controversées. Et sera venu à bout de l'éditeur de la prestigieuse maison. Dans sa tribune, Richard Millet assurait : « "raciste" a remplacé "facho" et "réac" dans les bouches vertueuses, ou qui se veulent telles, de la même façon que ce vocabulaire s'était substitué à "hérétique". J'espérais en finir avec les invectives et la diffamation. Je me trompais. »

 

Cette décision fait suite à un courrier d'Antoine Gallimard, qui avait renouvellé sa confiance à son éditeur, voilà quelques jours. « Autant je ne suis pas prêt à me laisser dicter ma conduite par des pressions médiatiques ou par des réactions individuelles, légitimes ou non, autant je suis en droit de demander de vous le respect d'une idéologie confraternelle », expliquait le patron de la maison, dans une lettre diffusée par l'AFP. Et d'ajouter : « Je ne saurais approuver aucune de vos thèses politiques. Cette position ne m'est pas personnelle, c'est celle de la maison depuis toujours. »

 

Dans un entretien du 23 août, l'auteur nous expliquait : « Notre insignifiance et le consensus ambiant auraient tué Marcel Aymé, qui combattait le confort intellectuel, déjà. Cette chère, si précieuse liberté d'expression, il nous faut l'employer, mais à condition de ne rien dire, sinon ce vague discours droitdelhommesque. Mais même sur ces points, la France n'est pas exceptionnelle : c'est ainsi pour toute l'Europe qui meurt d'insignifiance et de consensus. »