Richard Prince s'approprie L'Attrape-coeurs de Salinger

Clément Solym - 24.04.2012

Edition - International - J. D. Salinger - Richard Prince - appropriation


La note finale du livre indique qu'il s'agit d'« une oeuvre d'art de Richard Prince. Toute ressemblance avec un livre est une coïncidence, et n'a pas été souhaitée par l'artiste ». Sauf qu'il s'agit d'une belle imitation de la première édition de L'Attrape-coeurs, de J.D.Salinger.

 

Jusqu'à la couverture et la couleur du papier, le livre imite en tout point la première édition de L'Attrape-coeurs, édité pour la première fois en 1951 par Little, Brown and Company. Ce roman fait partie des livres les plus traduits au monde.

 

C'est un monument de la culture américaine, à la fois encensé par la critique et largement montré du doigt pour la démonstration d'un antihéros, Holden Caulfield, mettant à mal l'image de la famille, jurant, fumant, buvant... À tel point qu'il fut aussi un des livres les plus censurés des États-Unis.

 

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Au total, cinq cents copies de cette « sculpture » par Richard Prince ont été éditées en 2011 par American Place, valant quelques centaines de dollars (les copies signées par l'auteur en vaudraient plusieurs milliers). Richard Prince a même réalisé une performance grâce à ce livre, en le vendant lui-même un jour d'automne pour 40 $, à Central Park, à la sauvette.

 

Qu'en aurait pensé Salinger ? L'auteur était connu pour sa façon de protéger son oeuvre et  pour sa solitude. Alors qu'il a refusé de nombreuses adaptations au cinéma et au théâtre, voilà que son livre fait l'objet de l'adaptation la plus radicale qui soit : il a fait l'objet d'une appropriation par Richard Prince, qui en a fait son fond de commerce.

 

L'imitation comme rejet de la personnalité de l'artiste ?

 

Car Richard Prince n'en est pas à sa première récupération, ni à son premier procès pour plagiat. Le dernier en date concerne sa série Canal Zone, où il aurait récupéré et « transformé » des images de Rastafaris réalisées par le photographe Patrick Cariou, qui y aura passé dix ans de sa vie. Ce dernier a par ailleurs engagé une procédure contre Richard Prince en 2008. En 2011, la cour fédérale de Manhattan l'a condamné pour violation du droit d'auteur.

 

Au cours des audiences, interrogé sur son travail, Richard Prince aurait ainsi déclaré vouloir se positionner contre l'égoïsme des artistes contemporains. En parlant du dernier ouvrage qu'il avait publié, il affirmait ainsi : « Je pense qu'à l'époque où je l'ai écrit, j'étais particulièrement intéressé par l'anti-expressionnisme. .. et je pense que l'idée de ne pas aimer son propre travail était en quelque sorte avant-gardiste, révolutionnaire, une position très poétique à adopter à cette époque. Parce que la plupart des artistes que l'on rencontre ont ces ego surdimensionnés et adorent ce qu'ils font. Donc j'ai adopté le point de vue opposé ».

 

La bonne santé des finances de Richard Prince le place dans une situation encore assez confortable en cas de procès avec les ayants droits de Salinger...