Rien ne va plus : Hachette et Jeff Bezos, qui fait les jeux ?

Nicolas Gary - 15.07.2014

Edition - International - Hachette Bezos - Amazon antitrust - pression éditeurs


Les négociations se poursuivent entre les deux sociétés américaines, et personne ne sait donc véritablement ou penche la balance. Après avoir, la semaine passée, proposé de reverser 100 % du prix public des ebooks aux auteurs, et avoir essuyé un refus sec de HBG, Amazon en a remis une couche, en attaquant la Guilde des Auteurs, accusée de soutenir l'éditeur. Mais selon d'autres sources, la sortie de crise pourrait être imminente. Voir....

 

 

Jeff Bezos

jurvetson, CC BY 2.0

 

 

Amazon l'affirme haut et fort : les négociations se prolongent, et plus elles s'éternisent, plus elles mettent les auteurs dans une position fâcheuse. Mais la firme se garde bien de communiquer sur la réalité des échanges avec HBG. Il est intéressant de voir que Jeff Bezos avait tenté de réorienter la communication sur l'offre de reversement de l'intégralité des ventes aux auteurs, en pointant que « Hachette pouvait se le permettre ». 

 

Pour l'heure, le groupe Lagardère semble plutôt froid, devant ce type de provocation. Un porte-parole de la division Publishing assure même que confondre les finances de Hachette avec celles de la société mère « est enfantin, et peut tromper une personne qui n'aurait que peu de connaissance des pratiques commerciales ».

 

Il faut surtout rappeler qu'au niveau mondial, le chiffre d'affaires d'Amazon est dix fois supérieur à celui de l'ensemble du groupe Lagardère pour se faire une meilleure idée... Et que Lagardère Publishing ne représente que 28 %, sur l'année 2013, du CA global du groupe...

 

De son côté, la filiale américaine tente de saper le moral des troupes bezosiennes : dans le New York Times, Michael Pietch assure : « Cette controverse ne doit pas être mal interprétée. Le fait est qu'Amazon tente de gagner plus d'argent. » Et de souligner que la politique commerciale dont fait l'objet Hachette (précommandes impossibles, aucune remise, etc.) est également en vigueur en Europe. Preuve, selon lui, que « les marges d'Amazon sont au coeur du problème, et pas la baisse des prix pour les consommateurs ».

 

Et il laisse entendre que la situation d'Amazon est de plus en plus compliquée, voire désespérée. « Vous ne pouvez pas blâmer les actionnaires qui demandent, enfin, un peu de retour sur leurs investissements. » À ce titre, il estime qu'un accord prochain ne devrait pas être une surprise. Petit rusé, il ajoute même qu'en dépit de la communication d'Amazon, Hachette accepte bel et bien de négocier, puisque le groupe éditorial a présenté sa troisième proposition.

 

Dans tous les cas, plusieurs observateurs estiment que Bezos est désormais allé trop loin. Elaine Petrocelli, fondateur de Book Passage, est formel : « Le consommateur moyen doit être alarmé. Si Amazon peut décider qu'on ne peut pas lire un livre de Hachette, peut-être que prochainement, ils vont décider que vous ne pouvez pas lire un livre politique qu'il n'aime pas. S'ils peuvent faire cela, ils disent clairement ‘Nous allons choisir ce que vous lirez.'. »